Accueil
Philosophie
Le Donjon
Le Cercle

Entrer dans le Cercle
Le Cheptel

Le Blog
Galeries photos
Récit des orgies
Interviews
Vidéos favorites
Oeuvres SM
Contributions
Pin-up du mois

Faire offrande

Achats BDSM
Le site du Cercle
Le culte de Julien

Contacter Maîtresse

18 Octobre 2008 - 06 Avril 2010 - 05 Juillet 2010 - 21 Juillet 2011

 

Interview de Maîtresse Trinity, par Guillaume Alder (18 Octobre 2008).

Entretien avec une Vampire

Extrêmiste et mégalo, "Maîtresse Trinity" est un personnage à part dans le paysage SM et DS français. Elle jongle avec les masos le jour, broie des internautes le soir, et se fourvoie dans des partouzes glauques la nuit. Elle claironne sa supériorité sur son blog, mais tient encore plus à entretenir un mystère et une suspicion autour d'elle et de son microcosme. Pour certains, cette rousse exhib est comme un rêve inaccessible. Pour ceux qui ne l'aiment pas, c'est une dingue, une mythomane et une impostrice. Pour ceux qui s'en foutent, c'est une énigme. Peut être qu'elle est surévaluée. Ou peut être le contraire. Impossible de savoir ou alors il faut l'essayer. La lecture de son blog donne la nausée ou file une trique du tonnerre. Parfois c'est les deux. On peut sourire ou se poser des questions sur elle et sur nous aussi. Elle a le don de nous mettre en face de nous mêmes. Mais une chose est sûre : se retrouver entre ses mains, c'est aussi attirant que d'affronter sur le ring un Mike Tyson défoncé au crack. Et pourtant on a tellement envie d'y aller ! Je tente la lâcheté : une rencontre pour bavarder. Juste pour bavarder. Je lui explique mon fétichisme (les interviews et les interrogatoires). Et j'attends.

Difficile de rencontrer la dame. Son blog dit que la voir est un "aboutissement". Cette fine psychologue est très habile pour créer le désir mais encore plus douée pour le transformer en frustration. Mais le fait-elle vraiment exprès ? L'aboutissement, c'est ce que j'ai senti moi aussi quand mon portable a bippé pour l'entendre me dire qu'elle acceptait enfin de me recevoir... Trente secondes de conversation au téléphone... neuf mois après lui avoir fait ma demande...

Huit jours, quatre heures de tgv et un taxi plus tard, j'arrive dans le château hanté qu'elle a malinement décrit sur son blog. Je vois un grand pré vert, une petite écurie, un gros manoir bourgeois qui doit dater de Matusalem, une forêt d'un côté et des vignes de l'autre. Première surprise : le décor du donjon de Madame Trinity est à la fois beau et reposant et ne file pas la chair de poule. On y viendrait presque pour prendre des vacances, et s'étaler au soleil en sifflant quelques pastis et en regardant ses soumises se lécher dans la piscine. Difficile d'imaginer que dans cet endroit il y a des types qui hurlent et des travelos qui s'humilient. Arrivé au perron, je croise un grand portier bourru, puis une jolie blonde avec des seins énormes (miam), puis une jolie maghrébine un peu méprisante et carrément désagréable (merci mademoiselle), puis une belle asiatique au regard fuyant, et enfin on me fait accéder au boudoir de la redoutable rouquine coquine. Deuxième surprise : beaucoup de barrages, de précautions, beaucoup de méfiance, des caméras, une cloture électrique et tout le toutim. Rencontrer Sarkozy doit être moins compliqué. A-t-elle peur de quelque chose ? Ou bien joue-t-elle à l'inaccessible ?

La porte s'ouvre. Je vois sa grande silhouette détendue qui s'avance vers moi. Pas un regard pour moi mais pour sa bibliothèque qu'elle caresse des yeux. Elle s'approche encore. Calme, sure d'elle, impressionnante. Une aura de féminité qui ne la quitte pas. Je jette un oeil : pas de regard de tueuse, et de pas de sabre japonais à l'horizon. Ouf, je vais éviter le découpage façon Kill Bill. Me sentant presque en confiance je lui baise la main qu'elle me tend en bon gynarchiste que je suis. Plus près d'elle, je suis surpris par sa voix grave, sa présence animale et son regard magnétique. Elle est ravissante et le sait très bien. Elle me détaille sans gêne façon inquisitrice avec un drôle de sourire bizarre. A croire qu'elle sait lire à travers les slips. Il faut dire que j'ai encore dans le cerveau l'image de son postérieur qu'elle a diffusé sur son blog. Difficile de pas être nerveux tant elle me dévisage et me fouille le cerveau avec ses yeux lazer. On dirait qu'elle cherche quelque chose dans les yeux. Ses yeux à elle sont comme des scalpels. J'arrive à me reprendre et je m'installe dans le fauteuil qu'elle m'indique afin de commencer cette interview. La soubrette asiatique nous sert un thé à la menthe en silence pendant que la diva éteint ces portables. J'allume mon dictaphone.

Durant cette entrevue, je n'arrive pas à me détendre. Elle me le fait remarquer. Je m'accroche aux accoudoirs du fauteuil. Je suis et je reste sur mes gardes, sans doute impressionné par son charisme et sa réputation d'ultra-violente. Comme si une menace pesait sur ma tête. Comme si je sentais qu'elle pouvait changer d'humeur à tout moment. Lorsque je regarde mes notes, je me dis que mon humour lui plaira pas. Que mes provocs vont la mettre en rage. J'hésite. Trinity est comme les chats : son visage peut changer d'expression 40 fois par minutes avec une rapidité fulgurante. Le regard est vif et rien ne lui échappe. Elle me regarde comme si j'étais à poil. On sent qu'elle cogite. Elle a du en voir passer des loulous dans mon genre. Elle n'en pense pas moins. Imprévisible. Insaisissable. C'est une séductrice hors pairs, agréable, chaleureuse, mais il suffit d'un détail pour qu'elle devienne tout à coup froide comme la banquise. L'espace d'un instant j'ai même imaginé que la dame était très perturbée, cyclothymique. Mais au final, devant son naturel, son élocution parfaite, la précision de ses mots, j'ai changé d'avis. Elle est d'une spontanéité totale et ne cache rien : son passé, son parcours surprenant, sa sexualité, elle n'évite aucune question. Super sincère, honnête. Pas de démonstration de force. Elle rit volontiers à mes blagues. En plus elle a été gentille je vous dis. Alors violente, barrée, nympho ? Oui ça se sent. Mais le tout avec l'élégance d'une Lady.

Je suis reparti perplexe. Déçu par son humanité, crétin que je suis. Impressionné par son esprit et sa cohérence. Foudroyé par son charisme. Dérouté par son emprise sur moi. Mais convaincu de sa supériorité. Elle n'a rien fait pour me dominer. Mais je me suis quand même fait avoir. Je ne ferai jamais partie de son "cheptel", parce que je sers déjà quelqu'un. Mais j'ai l'impression de passer à côté de quelque chose. D'une femme et d'une aventure. Et je pense que c'est ça son pouvoir. Créer le manque d'elle.

Entrevue avec Maîtresse Trinity, dominatrice professionnelle à Bordeaux (Gironde), le samedi 18 octobre 2008 :

Guillaume : Bonjour, et merci de me recevoir dans votre repaire de louve solitaire, Madame Trinity. Mais dois-je vous appeler Madame même si je ne suis pas votre soumis ?

MT : Tu m'appelles comme tu veux. Maîtresse ou Madame, c'est très bien.

Guillaume : Sachez que c'est un bonheur pour moi de vous rencontrer. Avant, j'aimerais savoir ce qui vous a fait me recevoir ?

MT : J'étais intriguée par ton fétichisme et je trouve que c'est une idée sympathique.

Guillaume : Merci Madame. Pourriez-vous vous présenter brièvement s'il vous plait ?

MT : Je suis une femme de trente huit ans qui vit pour elle et qui utilise les pratiques BDSM afin d'être la plus proche possible d'elle même.

Guillaume : A quel âge avez-vous découvert l'univers sado maso ?

MT : J'ai découvert le monde BDSM vers l'âge de 18 ans. Mais je m'étais révélée dominante un peu avant, vers 14 ou 15 ans.

Guillaume : Comment s'est produite cette révélation ?

MT : Il s'agit d'un jour particulier. Je raconte ?

Guillaume : Oui, s'il vous plait, Madame.

MT : C'était un jour de cours au collège. J'étais en retard, très en retard. Je suis entrée dans la salle de cours, et tout à coup tous les regards se sont fixés sur moi. J'ai senti un silence pesant, et personne ne bronchait.

Guillaume : Que tout le monde vous regarde, c'est normal, puisque vous étiez en retard...

MT : Oui, mais c'est le regard des autres qui m'a intriguée. Ce n'était pas un regard dans le genre "qu'est-ce qu'elle foutait, elle était passée ou ?", c'était des regards soumis.

Guillaume : Des regards soumis, c'est à dire ? Vous aviez sorti un fouet de votre cartable ?

MT : (elle rit) La classe entière semblait pétrifiée par ma présence. Je me souviens que ce jour là je ressentais un grande force en moi, je n'avais peur de rien ni de personne. Et je ne redoutais pas les réprimandes du professeur, pas plus que je n'avais peur du regard des autres.

Guillaume : Vous aviez un regard de défi.

MT : Non, pas un regard de défi. Pas un regard agressif non plus. J'étais à la fois calme, posée aussi, sûre de moi, et je me sentais indestructible.

Guillaume : C'est donc ça le déclic ? J'imaginais autre chose.

MT : C'est marquant pour moi... Le professeur n'a rien dit, et lorsque je l'ai regardé dans le blanc des yeux en attendant qu'il me sanctionne, il a baissé le regard. Beaucoup de mes camarades ont baissé le regard aussi. Je me suis assise et le cours a repris.

Guillaume : Vous vous êtes imposée finalement ?

MT : C'est exactement ça... Je me suis imposée. Sans provocation, sans insolence, sans violence. Je suis arrivée, et je pense que les autres ont compris que ce retard était une condition, ma condition. Il leur fallait l'accepter et ils n'avaient rien à dire.

Guillaume : Vous avez senti un pouvoir en vous ?

MT : Oui. J'ai compris que j'avais un pouvoir en moi et sur les autres tant que j'étais insoumise à un système, que j'étais mon propre système, et que mon insoumission restait sereine.

Guillaume : Pourquoi ce déclic ce jour là, et pas avant ou après ?

MT : Je n'en sais rien, mais je cherche. Il y a forcément une explication.

Guillaume : Vous étiez belle à cet âge ?

MT : (elle rit) J'avais quelques kilos en trop, mais le regard était le même.

Guillaume : Vous pensez que si vous aviez été laide, vous auriez provoqué le même effet ?

MT : J'en suis persuadée.

Guillaume : Comment on passe d'une salle de cours à un donjon SM ?

MT : Le chemin est un peu tordu. Mais il reste logique... C'est long à raconter.

Guillaume : A partir de ce jour, en tous cas, vous avez été respectée.

MT : Totalement. Sans faire d'efforts, sans jouer de rôle, je m'imposais naturellement dans toutes les situations. On me respectait naturellement, on m'abordait avec le doigt sur la couture du pantalon.

Guillaume : Même auprès de vos parents ?

MT : (silence) Mon père et moi avons eu des rapports distants, presque militaires, une sorte de respect mutuel. Je me souviens que chaque fois que nous nous parlions, nous nous tenions très droits, comme deux officiers qui discutent dans la cour d'une caserne, tu vois. Ma mère je ne l'ai pas connue, elle est partie à ma naissance, et ensuite elle est décédée.

Guillaume : Que faisait votre père ?

MT : Mon père était colonel de Gendarmerie. J'ai grandi dans une caserne.

Guillaume : Vous pensez que ça a joué ?

MT : Par rapport à ce que je fais aujourd'hui ? Oui certainement. La discipline, la rigueur, la patience, l'endurance, le fait de gagner ses galons, ce sont des choses qui me fascinaient.

Guillaume : Et votre mère ?

MT : Ma mère était une italienne, une romaine très snob. On pourrait dire que c'était une poule de luxe, une sorte de putain qui gravitait autour des bonnes planètes.

Guillaume : Une putain ?

MT : Oui, elle se faisait entretenir par des hommes, et quand ils n'avaient plus assez d'argent elle changeait de cheval... Je dis "putain" dans le sens noble du terme.

Guillaume : C'est ce que vous a raconté votre père...

MT : C'est ce que j'ai su après avoir enquêté sur elle. Mon père l'aimait beaucoup, il n'a jamais dit de mal d'elle.

Guillaume : Votre personnalité est donc un mix entre votre père et votre mère.

MT : En grande partie oui. La rigueur et l'exigence de mon père, le côté dépravé, lubrique et manipulateur de ma mère.
Guillaume : Vous avez souffert du manque d'une mère ?

MT : Consciemment non. Je savais peu de choses sur ma mère, hormis qu'elle n'était pas faite pour être mère. Elle était... volage.
Guillaume : Et inconsciemment ?

MT : Fatalement. Mais j'ai absorbé ma mère dans ma personnalité pour la sentir en moi. (elle réfléchit) J'ai grandi dans un univers d'hommes, une caserne, et je n'avais personne pour me protéger. L'absence de mère m'a été utile finalement.

Guillaume : Mais ça a été dur, non ?

MT : Un peu... Tous les apprentissages sont durs. Etant fille d'officier, j'avais quand même un statut privilégié.

Guillaume : Vous aviez des copines ou des copains durant votre scolarité ?

MT : J'avais deux ou trois bonnes amies, avec lesquelles j'ai fait quelques jeux lesbiens d'ailleurs. Pas d'amis hommes, car ils ne s'approchaient pas de moi.

Guillaume : Vous leur faisiez peur ?

MT : Pour certains oui, les autres étaient gênés, ou méfiants.

Guillaume : Vous n'aviez pas de petit ami, vous n'aviez pas envie de flirter ?

MT : Si bien sûr, j'étais attirée par les garçons. Mais je voulais qu'ils se comportent avec moi selon mes conditions. La plupart d'entre eux avait peur de ne pas être à la hauteur, je leur en demandais trop.

Guillaume : Trop sentimentale ?

MT : (elle rit) Non, si j'avais été trop sentimentale, je les aurais suivis en enfer ! J'étais trop exigeante, très chiante, je voulais des choses précises, des comportements précis au moment où j'en avais envie.

Guillaume : Comme toutes les femmes...

MT : Exactement. Sauf que moi je ne m'attendrissais pas devant leur impuissance ou leurs petits défauts. Je voulais le meilleur d'eux.

Guillaume : Et vous les satisfaisiez, vous ?

MT : La question ne se posait pas puisqu'ils étaient fascinés par moi. Je ne faisais aucun effort. C'était à eux de les faire !

Guillaume : Vous avez donc méprisé les hommes très tôt.

MT : (elle se raidit) Non, certainement pas. Je n'ai jamais méprisé les hommes. J'ai constaté leurs limites, c'est autre chose. Et mes exigences les poussaient à franchir leurs limites, à faire mieux. Et ça m'amusait de les voir faire des pieds et des mains.

Guillaume : Sexuellement, vous commenciez à les dominer ?

MT : Oui, bien sûr, un peu plus tard. Sans avoir jamais entendu parler du SM, je les attachais, je me plaçais sur eux, je leur demandais de me lécher les pieds.

Guillaume : Certains ont refusé ?

MT : Il y en a un qui a refusé, je me souviens. Je lui ai dit que tout était fini et je suis partie. Il ne comprenait plus rien, et il pleurnichait que ça ne pouvait pas se terminer comme ça. D'autant que je m'en servais comme portefeuilles, il m'offrait tout ce que je lui demandais.

Guillaume : Vous ne lui avez pas fait une prise d'aïkido ?

MT : (elle rit) J'avais entamé les arts martiaux, c'est vrai, mais non. Par contre, j'en giflais certains pendant l'acte, je les étouffais, et ce que j'aimais faire par dessus tout, c'était jouir et ensuite aller m'habiller.

Guillaume : Vous les laissiez comme ça ?

MT : (elle est morte de rires) Oui, ils étaient encore en érection quand je quittais leur chambre. Les pauvres, quand j'y repense.

Guillaume : Bondage, sadisme et frustration, vous commenciez votre carrière alors ?

MT : On peut dire ça. J'avais un vrai plaisir à les voir frustrés, à les voir avoir mal.

Guillaume : Vous étiez aussi douée que Sharon Stone dans Basic Instinct !

MT : (elle rit encore) Bon film...

Guillaume : Comment est venue la découverte de l'univers sado maso ?

MT : Pas très original, j'ai lu Sade. La Philosophie dans le Boudoir pour commencer. Ensuite j'ai lu tous les autres. Masoch, et d'autres...

Guillaume : Pourtant ce sont les femmes qui sont soumises dans Sade ?

MT : Globalement oui, mais dans mon esprit j'inversais les situations. Et j'ai compris qu'il y avait un esprit, mais aussi une technique, et surtout beaucoup d'imagination, une liberté totale.

Guillaume : Votre première séance SM ?

MT : J'avais 17 ans. C'était avec un petit ami. Je les collectionnais. Je l'ai giflé, puis je l'ai fouetté avec sa ceinture, ensuite je me suis assise sur son visage, ce qu'on appelle un facesitting aujourd'hui, et je voulais l'étouffer.

Guillaume : Et après ?

MT : Et j'ai compris que si je l'avais tué de cette manière mon orgasme aurait été dix fois plus puissant.

Guillaume : Ah oui, carrément. Mais il n'y a pas de morts dans Sade.

MT : C'est faux. Il y en a.

Guillaume : Mais c'est un délire dans son esprit ?

MT : Je crois qu'il y a une pulsion de mort chez tous les vrais sadiques. Une pulsion de meurtre plus précisément, qui est plus développée chez eux.

Guillaume : Vous l'avez ?

MT : C'est évident. Je l'ai toujours eue.

Guillaume : Et quelle est la différence entre vous et un fou qui tue tout le monde ?

MT : La frontière est large, je pense. Je parviens à me maîtriser avant de penser à maîriser les autres.

Guillaume : Ce petit ami était consentant ? Vous l'avez forcé ?

MT : Je lui avais dit que je lui ferais une petite spécialité. Il s'attendait sans doute à une fellation... (elle rit) A l'époque, les jeunes filles qui faisaient des fellations étaient rares. Il a eu droit aux spécialités. Je l'ai complètement forcé, je dois le dire. Il était trop pétrifié pour se débattre et quand il essayait de se dégager je lui faisais des clés de bras.

Guillaume : Ah enfin les arts martiaux !

MT : (elle rit) Oui, il faut bien que ça serve dans la vie de tous les jours.

Guillaume : Trouviez-vous cette situation normale ?

MT : Excellente question... (elle réfléchit) C'est une question que je ne me suis pas posée. Je savais que j'avais envie de cela, alors je l'ai fait. C'est plus tard que j'ai réfléchi à cela.

Guillaume : Et ?

MT : La normalité c'est toujours celle des autres. (elle sourit)

Guillaume : Vous n'avez pas eu de problèmes par rapport à ce petit ami ?

MT : Non, les garçons étaient trop fiers pour dire qu'ils s'étaient faits dominer par une jeune fille. Ils gardaient ça pour eux.
Guillaume : Comme les adultes ?

MT : Oui, certainement.

Guillaume : Et là, vous avez commencé à vous intéresser au SM ?

MT : Oui, j'avais dans ma classe au lycée, un camarade dont le père tenait un commerce bureau tabac. Il y avait des revues sm et fetish. Je lui ai demandé de me donner quelques revues.

Guillaume : Et vous lui aviez promis quoi en échange ?

MT : Rien. Je le lui ai demandé et il l'a fait.

Guillaume : C'était quoi comme revues ?

MT : Je ne me rappelle plus les titres. Il y avait surtout beaucoup de textes et peu d'images. Mais les descriptions étaient très bien faites. Ça stimulait un peu mon imagination. Mais je me souviens avoir été profondément déçue par ces revues.

Guillaume : Pourquoi ?

MT : Ça n'allait pas assez loin. Je voyais des gens qui s'amusaient et rien n'était sérieux dans leur esprit... Du moins dans ce qu'ils racontaient.

Guillaume : Et qu'en avez-vous déduit ?

MT : J'ai pensé que soit j'étais une malade, soit ces gens étaient des fumistes. Je n'ai pas voulu répondre à cette question tout de suite, et je l'ai laissée en l'air pendant quelques années. En tous cas j'ai admis le fait que si j'allais plus loin dans la découverte de ce monde, je serais continuellement déçue par ce que je verrais.

Guillaume : Vous ne faisiez pas la différence entre le fantasme et la réalité ?

MT : (elle devient sèche) Non, ce n'est pas ça. Je ne pouvais pas concevoir que le SM soit juste un fantasme. J'avais compris que ce monde était sans doute le seul espace de liberté possible, le seul endroit où la société n'existait pas, ou les valeurs, la morale et les principes n'avaient plus lieu d'être. C'était un nouveau monde à conquérir et à vivre pleinement, jusqu'au bout.

Guillaume : Je comprends. Mais la liberté elle est peut être dans l'esprit justement ?

MT : La liberté peut se mettre en action. Quand tu sais les horreurs qu'ont commises Caligula ou Neron, tu comprends ce que je veux dire.

Guillaume : Oui, mais là on est carrément dans l'abominable.

MT : Il n'est pas nécessaire d'aller au bout de l'horreur. Amorcer le chemin est déjà bien.

Guillaume : J'ai lu deux références aux crimes nazis sur votre blog.

MT : Exact... (elle devient grave) C'est un sujet sur lequel je réfléchis beaucoup. Je me souviens avoir été marquée par le Salo de Pasolini. Et j'ai été marquée aussi par la réaction de cette soumise qui a pleuré devant mes actes.

Guillaume : Ah bon.

MT : Oui, je l'ai écrit entre les lignes d'ailleurs, mais elle m'a véritablement atteinte.

Guillaume : Atteinte ?

MT : C'est cela.

Guillaume : Mais vous expliquez que vos victimes à vous sont consentantes.

MT : Oui, mais ce n'est pas necessairement vrai... Du moins, la notion de consentement est très particulière et très complexe dans ma domination.

Guillaume : Vous pensez que vous auriez été une tortionnaire à l'époque nazie ?

MT : (elle réfléchit) Ce que je sais, c'est que chaque fois que j'ai vu des films ou des documentaires sur la shoah, je me suis toujours placée dans la peau des tortionnaires. Je n'arrivais pas à me projeter autrement.

Guillaume : C'est terrible, ça a du être abominable pour vous.

MT : C'est vrai, ça n'a pas été facile. Ça ma hantée. Au début j'ai pensé que j'avais peur de souffrir. Et en fait je me suis rendue compte que ce côté tortionnaire était profondément ancré en moi.

Guillaume : Et ça a changé ?

MT : Le côté tortionnaire, non. Mais avec le temps, je parviens à me mettre dans la peau des victimes de la shoah. (elle réfléchit) Tu sais, je crois que se mettre dans la peau des victimes est bien plus abominable encore. C'est juste beaucoup plus moral.

Guillaume : Donc vous avez de la morale quand même.

MT : C'est la seule question sur laquelle je puis en avoir, oui. Je pense que c'est la shoah qui m'a faite comprendre mon humanité.

Guillaume : J'ai lu un autre article ou vous dites vous être inspirée du regard d'Hitler.

MT : C'est exact.

Guillaume : Je suis juif, je vous le dis, et je trouve ça moyen tout ça.

MT : Je comprends. Mais ce qui m'intéressait justement, c'était l'inhumanité de ce regard. Et c'est un regard, ou plutôt un état d'esprit dont je dispose parfois.

Guillaume : Mais qu'est-ce qui se passe dans ces moments là ?

MT : Je n'en sais rien. J'ai essayé de l'expliquer, mais je n'ai pas trouvé les bons mots pour cela.

Guillaume : A ce moment là, la mort par exemple, est envisageable ?

MT : C'est exactement ça, oui. Je suis capable du pire dans le plus grand calme.

Guillaume : Mais alors qu'est-ce qui vous choque dans la shoah si vous arrivez à avoir cet état d'esprit ?

MT : (silence) Ce qui m'intéresse dans Caligula ou Neron par exemple, c'est la jouissance qu'ils éprouvaient dans leur horreur. Une jouissance pure et sauvage. Alors que la mort des nazis était une mort mécanique, formelle, quasiment administrative, sans intérêt donc. C'est cela qui me révulse.

Guillaume : Mais vous ne répondez pas vraiment à la question.

MT : Certes.

Guillaume : Ce regard vous fait peur ?

MT : En tous cas il fait peur. Et c'est sans doute la seule chose en moi que je n'arrive pas à contrôler.

Guillaume : Vous l'avez souvent ?

MT : De temps en temps.

Guillaume : OK. Et donc pour en revenir aux revues SM les séances lambda qui étaient racontées, ça vous ennuyait.

MT : Oui, tout ce que je voyais dans ces récits, c'était de bon bourgeois qui s'encanaillaient. Ils jouaient, et ensuite ils rentraient chez eux.

Guillaume : Mais c'est un jeu pourtant...

MT : (elle me fusille) Non. Le jeu est un ingrédient. Le SM est un chemin de liberté, et comme tout chemin il doit être envisagé avec sérieux et implication totale.

Guillaume : Ça ressemble à une entrée en religion, si vous me permettez.

MT : C'est un parcours physique et mental âpre et délicat.

Guillaume : A ce sujet, j'ai rencontré certaines de vos collègues qui vous décrivent comme une extrêmiste, même si elles vous admirent.

MT : Ah bon, elles m'admirent ? C'est nouveau... Le SM offre la liberté d'aller jusqu'à l'extrême. Alors je suis une extrêmiste, si tu veux.

Guillaume : Vous êtes vraiment capable de tout ?

MT : Si ce n'était pas le cas, j'aurais complètement échoué.

Guillaume : Et la seule limite c'est la mort.

MT : Fatalement.

Guillaume : Ça vous frustre ?

MT : Sincèrement oui. Mais j'ai compris que la mort n'est rien à côté de certaines souffrances que je peux infliger. Penser à ça me redonne le moral. (elle se met à rire)

Guillaume : Sans vouloir vous froisser, vous ne croyez pas qu'il faut prendre du recul sur ce monde ? Relativiser ?

MT : Il faut en prendre de temps en temps, bien sûr. Mais lorsque tu vois un univers si proche de la réalité de l'humain, qui permet de sonder et d'explorer son âme, son esprit, son corps, sa sexualité, sa dignité, un univers aussi complet, alors tu fonces, et tu vis pleinement les choses. C'est un outil fantastique, bien plus fantastique que la politique ou la religion.

Guillaume : Je comprends. Mais c'est si sérieux que ça ? Je veux dire, vous prenez tout ça très au sérieux quand même...

MT : Je n'ai pas pris ce monde avec des pincettes. S'il y avait vraiment quelque chose avec lequel je ne pouvais pas prendre de recul et jouer un rôle, c'était bien ça. Le SM est un monde sérieux, parce qu'on explore ce que l'homme veut cacher à tout prix. Ça veut pas dire qu'on passe son temps à faire la gueule, mais le fond est sérieux, oui.

Guillaume : C'était l'explication de tout pour vous ?

MT : Pour moi oui. Ou plutôt : ça allait me permettre de tout expliquer.

Guillaume : On sort complètement du cadre sado maso classique alors.

MT : Oui, c'est un monde profond, qui a des liens avec beaucoup de choses : psychanalyse, philosophie, et même théologie. Les romans de Sade, par exemple, ne s'arrêtent pas à quelques délires sexuels de vieux pervers. Ça va très loin. On en parlait à l'instant avec Pasolini.

Guillaume : Vous aviez compris ça aussi jeune ?

MT : J'aurais été incapable de mettre des mots sur ce sentiment là à cet âge, mais je le pensais déjà, oui.

Guillaume : A partir de quand vous avez décidé de plonger complètement ?

MT : (elle rit) Le terme "plonger" n'est pas très adapté, il me semble.

Guillaume : Je voulais dire : foncer.

MT : Oui, j'avais compris... A 20 ans, j'ai quitté mes études, et je suis partie aux Etats Unis. J'ai senti que c'était ma voie.

Guillaume : Vous avez tout plaqué pour ça ?

MT : Bien entendu.

Guillaume : Et pourquoi là bas ?

MT : J'avais lu dans une revue que les meilleures dominatrices étaient là bas.

Guillaume : Votre père, qu'a-t-il dit ?

MT : Rien. Il n'était pas au courant exactement de ce que je voulais faire.

Guillaume : Vous arrivez aux USA, que faites-vous ?

MT : Mon visa en poche, j'arrive à Los Angeles, et je n'ai quasiment pas d'argent. Je gagne ma vie en faisant pom-pom girl (elle se met à rire) pour pouvoir payer ma chambre d'hôtel. Je fais les petites annonces de dominas et je n'en trouve pas qui acceptent de me recevoir. Je décide alors de partir sur San Francisco. Et là j'ai la chance de rencontrer Maîtresse Roxy, qui va m'accueillir chez elle. C'était une femme d'une quarantaine d'années, et elle m'adorait. Elle ne faisait pas payer ses soumis, mais elle m'a logée, nourrie et appris ce qu'elle savait.

Guillaume : Qu'avez-vous appris ?

MT : J'ai appris les bases, quelques techniques avec du vrai matériel, mais surtout j'ai compris une chose : les soumis gratuits ça ne marche pas. Combien en ai-je vu venir se faire corriger ou lécher des talons et repartir directement sans dire merci. Ça me rendait malade. J'ai compris que l'aspect financier était une contrainte, la plus dure à supporter pour eux. J'ai retenu la leçon dès le premier jour.

Guillaume : Vous en avez beaucoup, ou trop parlé sur votre blog, non ?

MT : C'est vrai, je l'ai souligné lourdement. Dans mon esprit, il n'y a rien d'incompatible entre la passion du SM et l'aspect financier. L'argent ne salit pas, il éclaircit les choses. Et je n'aime pas les profiteurs.

Guillaume : Et ensuite, qu'avez-vous fait ?

MT : Je me suis fortement engueulée avec Roxy au sujet de cette question d'argent. Elle n'avait pas les mêmes vues que moi. Alors pendant qu'elle allait travailler, je recevais des soumis dans son dos et je les dominais en les faisant payer. Elle l'a su, et elle m'a jetée dehors.

Guillaume : C'était pas très élégant de votre part, si vous me permettez.

MT : C'est vrai. Mais j'ai eu raison de le faire. Ça m'a beaucoup appris. Et puis je lui ai acheté du nouveau matériel. Mais ça n'a pas suffi à nous réconcilier, malheureusement.

Guillaume : Vous en saviez suffisamment pour ouvrir votre donjon ?

MT : Oui, si on peut dire. J'ai fait des petits stages chez d'autres dominas, mais je n'avais pas assez d'argent pour ouvrir mon premier salon. J'avais même du mal à joindre les deux bouts, mais je passerai les détails. Alors un jour j'ai répondu à une annonce d'un homme qui cherchait une jeune femme pour une petite séance sexuelle.

Guillaume : Une séance sexuelle ?

MT : Oui. Il voulait qu'une femme lui montre ses seins pendant qu'il se masturbait. Je suis allée le voir.

Guillaume : C'était pour l'argent ?

MT : Si ça avait été gratuit, je ne serais pas allée le voir ! Il fallait bien que je mange. Mais cette annonce m'avait beaucoup perturbée, car l'idée de mélanger le sexe à l'argent m'excitait. Je suis donc allée le rencontrer, et au bout de quelques rencontres il est devenu mon petit ami.

Guillaume : Mais ils vous payait toujours ?

MT : Bien sûr. Il m'entretenait littéralement. En même temps j'ai rencontré d'autres hommes pour jouer le même jeu.

Guillaume : Maîtresse, pardonnez-moi, mais ça s'appelle de la prostitution ça, non ?

MT : Moi je ne voyais pas les choses comme cela, et j'y prenais un plaisir énorme. Je jouissais et en plus j'étais payée, c'était parfait. Et puis j'avais beaucoup de choses à apprendre sexuellement, et je sentais en moi un gros potentiel érotique. J'avais besoin d'explorer cette face là en moi.

Guillaume : Vous avez rencontré beaucoup d'hommes ou de clients ?

MT : Un certain nombre, oui. J'ai également fait des partouzes sur Los Angeles, j'ai beaucoup appris sur les hommes, le plaisir, le cul en général, et sur moi même, j'ai beaucoup joui surtout (elle a les yeux qui brillent). Et je m'en suis mise plein les poches, ce qui ne faisait que décupler mon plaisir.

Guillaume : Là j'avoue que je tombe de haut, excusez-moi.

MT : (elle se met à rire) Oui, je comprends que lorsqu'on voit les choses de l'extérieur, on puisse trouver cela dégradant. Mais il faut bien comprendre que pour moi, ça a été une étape fondamentale. Il fallait que je passe par là pour explorer ma sexualité, l'apprendre, la maîtriser, et m'investir totalement. Au fur et à mesure, j'ai senti que je prenais un ascendant sur les hommes d'un point de vue sexuel. J'étais infatigable, j'en voulais toujours plus et ils ne pouvaient pas toujours donner ce que je voulais réellement.

Guillaume : Une domination par le sexe ?

MT : Exactement. Et l'autre point important était que je commençais à avoir une véritable passion pour l'argent. En même temps je ne faisais pas tout pour en avoir, j'ai refusé énormément de rencontres. Je ne faisais que ce qui me plaisait. J'ai évité les tocards et les plans glauques, heureusement.

Guillaume : Pardonnez cette question, mais vous étiez dans la rue pour faire ça, comme Pretty Woman ?

MT : Non, je faisais ça, comme tu dis, par petites annonces. Ou alors un type que j'avais rencontré me conseillait à des amis, ça marchait comme ça. J'ai fait pas mal de gang bangs d'ailleurs par ce biais.

Guillaume : On peut dire que vous êtes nymphomane ?

MT : Je pense que j'ai un don pour le sexe. Je suis totalement nymphomane, j'aime le sexe et j'y pense quasiment tout le temps. Donc je ne sais pas si le mot "pute" est adapté. Je dirais plutôt que j'étais et que je suis encore une vraie salope, comme on dit. Ce n'est pas une insulte pour moi, il n'y a rien de dégradant. (elle sourit) C'est un état de fait. J'ai de gros besoins sexuels.

Guillaume : Quelle énergie... Et votre petit ami n'a rien dit ?

MT : Non, il était fou de moi, il ne pouvait rien dire au risque de me perdre.

Guillaume : Aviez-vous des sentiments pour lui ? Et plus généralement, avez-vous une vision des hommes autre que : portefeuilles, incapables, soumis, etc ?

MT : (elle se concentre) Je n'ai pas eu de sentiments pour cet homme autres que l'affection. Ce qui est intéressant, c'est que sa passion pour moi a commencé au moment où je renversais les rôles, c'est à dire qu'il devenait dépendant de ma présence alors qu'à la base j'étais dépendante de son argent. Je n'ai jamais été passionnée sentimentalement, je me suis toujours méfiée des élans de coeur. J'ai ressenti de l'amour pour un jeune homme il y a quelques temps mais c'est resté très raisonné. Et globalement, je vois les hommes avec une certaine tendresse, c'est pour cela que je prends autant de plaisir à leur faire mal.

Guillaume : C'est horrible ce que vous venez de dire.

MT : (elle est surprise) Je suis une sadique, c'est normal.

Guillaume : Vous avez donc du fric assez vite ?

MT : Oui, à 23 ans, j'étais à l'aise financièrement. J'ai habité un temps chez une amie à Beverly Hills, et ensuite j'ai accueilli des soumis dans un meublé que j'avais un peu aménagé avec mon matériel. J'étais très fière.

Guillaume : Vous avez été bonne tout de suite ?

MT : C'est très prétentieux, mais oui, j'ai été bonne tout de suite. Techniquement, j'étais forte, j'avais beaucoup d'imagination. Parfois je faisais un truc en étant persuadée que c'était moi qui l'avait inventé, alors qu'en fait ça existait déjà. Mais ce qui me manquait c'était la psychologie.

Guillaume : Vous n'étiez pas psychologue ?

MT : Pas du tout. C'est venu après. Mais avant cela je suis passée par une étape qui était de me faire la main. J'ai reçu énormément de soumis, des grands, des gros, des petits, des minces, des masos, des fétichistes, des tarés, des cérébraux, de tout. (elle rit) Tout ce qui me tombait sous la main, je prenais. Je faisais exactement ce que je dénonce continuellement, c'est à dire de la prestation de services. J'étais une prestataire de services, je ne faisais aucune sélection. Je donnais au soumis ce qu'il venait chercher. Ça a duré des années.

Guillaume : C'est difficile à imaginer quand on lit votre weblog !

MT : Oui, je sais... J'ai rongé mon frein. Ces "clients", je les appelerai comme ça, m'ont permise d'approfondir mes techniques, d'aller plus loin, de me perfectionner. Dans mon esprit je me servais d'eux pour ça. Et c'est là aussi que j'ai défini ma notion de contrainte. C'est là que j'ai compris que le SM ce n'était pas ça et que je n'étais qu'un outil dans leurs mains si je continuais à leur rendre service.

Guillaume : Vous faisiez tout ça à LA ?

MT : Oui, je suis allée un temps sur Seattle, New York, Wilmington, Miami. Ensuite je suis partie sur Londres.

Guillaume : Quand vous arrivez à Londres, vous êtes la Maîtresse Trinity riche et puissante ?

MT : (elle rit) Pas tout à fait. J'ai dans ma poche quelques moneyslaves, un esclave en appartenance totale, et du matériel. Je m'installe dans le Kent, et j'ouvre un donjon très discret en ne travaillant qu'avec des petites annonces. (elle allume une cigarette) Ici je passe à une autre étape en fait. Je n'ai plus besoin de recevoir n'importe qui. Donc je sélectionne. C'était pas aussi drastique qu'aujourd'hui, mais je pouvais éviter certaines rencontres.

Guillaume : Au niveau de vos pratiques, vous faisiez déjà dans le très hard ?

MT : Pas tout à fait. J'avais fait des séances extrêmement violentes avec certains américains, mais certaines pratiques ne se faisaient pas trop à l'époque, tout ce qui est zoo, scato. L'uro en revanche, ils en étaient fous. Aux Etats Unis, j'étais réputée pour avoir la main lourde. Envoyer un client aux urgences ne me dérangeait pas.

Guillaume : Et maintenant, ça vous dérange ?

MT : (elle sourit) Non. Mais je fais attention.

Guillaume : En Angleterre, vous apprenez de nouvelles pratiques ?

MT : Oui. Je travaille beaucoup plus sur la patience, l'endurance, la psychologie justement. Je lis, je réfléchis beaucoup. Je me perfectionne en bondage et en suspensions. Je commence à mettre de l'esprit dans mes séances. Je fais quelques voyages également, notamment au Brésil et en Allemagne où je vais rencontrer des scatophiles et des zoophiles.

Guillaume : Si j'ai bien lu votre blog, vous aimez vous même ces pratiques ?

MT : Absolument. Je n'ai jamais cessé de pratiquer des sexualités extrêmes.

Guillaume : C'est un peu dégoutant quand même.

MT : C'est justement ça qui est jouissif.

Guillaume : Moi au départ, j'ai cru que vous ne faisiez que donner.

MT : Non non, je reçois aussi. Mais c'est pas une habitude.

Guillaume : OK. Donc c'est une étape importante pour vous, l'Angleterre ?

MT : Très importante. C'est aussi là bas que je fais le plein de moneyslaves. C'est là bas que je définis mon concept de l'esclavage. Et c'est surtout là bas que je comprends la nécessité de créer mon cercle, avec mes codes, ma vision, ma philosophie. L'endroit était propice à la méditation, il faut le dire. (elle rit) Le Kent, c'est un peu chiant.

Guillaume : Un moneyslave c'est quoi ?

MT : Tu devrais le savoir si tu es gynarchiste. C'est un esclave financier.

Guillaume : C'est très pratique.

MT : (elle sourit) Bien sûr, ils sont là pour être pratiques.

Guillaume : Finalement, pour vous, le SM n'a pas d'importance si c'est un outil ?

MT : Le SM est un outil, mais c'est un outil fantastique, je le répète. Je lui accorde de l'importance, mais il a moins d'importance que moi. C'est un outil destiné à me servir, c'est cela que j'ai compris là bas, justement.

Guillaume : C'était déjà le cas, non ?

MT : Plus ou moins. Je n'avais pas encore mis des mots sur mes impressions.

Guillaume : J'ai l'impression justement que vous construisiez quelque chose au fur et à mesure depuis le début ?

MT : Totalement.

Guillaume : Donc vous étiez toujours dans le calcul ?

MT : Non, on ne peut pas dire ça. Ma spontanéité servait mon calcul, et mon calcul servait ma spontanéité. Chez moi l'un ne va pas sans l'autre.

Guillaume : Vous repartez d'Angleterre et vous installez en France.

MT : Non, pas du tout. Je vais m'installer à Rome. C'était un rêve d'enfance. J'aime profondément l'Italie.

Guillaume : OK. Et vous êtes toujours prestataire de services, comme vous dites ?

MT : A cette époque, oui. Je continue de recevoir des soumis et des soumises du jour au lendemain, mais je veille à ne pas subir quoi que ce soit. J'évite ce qui me semblerait ennuyeux.

Guillaume : Est-ce que les fétichistes du pied vous ennuyaient déjà à cette époque ?

MT : (elle rit) A vrai dire, ils m'ont toujours ennuyée ! Ils me font surtout économiser du cirage.

Guillaume : J'ai l'impression que pour vous, un soumis c'est un type utile.

MT : Oui... Utile à mon plaisir, à mon confort, etc... En tous cas pour ceux qui veulent rentrer dans mon cercle.

Guillaume : En fait c'est de l'exploitation.

MT : Totalement... Tu sais les gens disent "esclaves" ou "serviteurs" mais ils n'ont jamais lu la définition de ces mots dans le dictionnaire visiblement.

Guillaume : Super pour la transition. Mon dada à moi c'est la gynarchie. Qu'en pensez-vous ?

MT : Je pense que c'est un dada formidable. (elle sourit)

Guillaume : Je voulais dire, vous vous y intéressez ?

MT : De loin. J'ai lu quelques conneries à ce sujet.

Guillaume : Vous n'êtes pas d'accord avec les thèses de d'Arbrant par exemple ?

MT : Je rejoins certaines choses et pas d'autres. Je n'adhère pas à l'idée d'une gynocratie par exemple. Ni au fait de me passer des hommes.

Guillaume : Là vous me surprenez. Vous ne pensez pas qu'un état régi par des femmes serait meilleur ?

MT : Non, je ne pense pas. Les hommes ont besoin de leurs joujoux. Le pouvoir politique et les responsabilités en sont. Je pense qu'il faut leur laisser le sale boulot. Les femmes n'ont pas nécessairement à se compromettre avec ces choses.

Guillaume : Mais le pouvoir aux femmes, c'est la base de la gynarchie.

MT : Les femmes ont déjà le pouvoir, mais la majorité d'entre elles ne le savent pas. Tout tourne autour d'elles et elles ne savent pas en profiter. C'est l'éminence grise qui a le pouvoir, pas le fantoche.

Guillaume : Pourquoi elles ne savent pas en profiter ?

MT : Parce qu'elles sont connes, majoritairement. Et c'est aussi une question d'éducation et de morale judéo-chrétienne bien sûr. Elles sont formatées par beaucoup de choses.

Guillaume : Mais nous les hommes, nous sommes formatés aussi.

MT : Exactement. Vous êtes formatés pour penser le contraire.

Guillaume : Alors si je dis : "les femmes à la maison" vous êtes d'accord ?

MT : Pourquoi pas, après tout... Les femmes à la maison pour profiter du fric rapporté par le mari, pour s'amuser et profiter de la vie, puisqu'elles sont douées pour la vie. (elle sourit avec malice)

Guillaume : Mais si l'homme n'était pas là pour ramener le fric, comment vous faites ?

MT : Alors la femme change de cheval. C'est d'ailleurs ce qui arrive souvent. Je lis quelquefois des petites annonces de rencontres, ça m'amuse. C'est hallucinant de voir le nombre de femmes qui demandent dans leurs critères de recherche : "bon niveau socio-culturel". Le salaire d'un homme est un élément déterminant dans leur avenir sentimental. D'ailleurs je connais peu de bombes sexuelles qui sortent avec des Rmistes.

Guillaume : C'est un peu dégueulasse, quand même, non ?

MT : Oui. Mais une femme malheureuse et qui manque de tout, c'est encore plus dégueulasse. La femme est faite pour le bonheur. Et il faut être un sacré gros plouc pour penser le contraire.

Guillaume : Vous pensez que les femmes sont aussi vénales et matérialistes que ça ?

MT : Visiblement c'est le cas. Les femmes désintéressées existent, bien sûr, mais enfin elles sont minoritaires.

Guillaume : Et qu'est-ce que vous pensez d'elles ?

MT : Il y a une bonne part d'hypocrites. Et pour les plus sincères, je n'en pense rien.

Guillaume : OK. Mais qui a le plus de mérite dans tout ça ? C'est l'homme, non ?

MT : C'est l'homme qui a le plus de mérite puisque c'est lui qui se fatigue. Mais le plaisir de vivre n'est pas affaire de mérite. Et le mérite ne lui confère pas le pouvoir, même si tout le système humain est basé sur cette fausse idée.

Guillaume : Donc les femmes ont besoin des hommes.

MT : Evidemment. C'est pour cela que je n'adhère pas aux thèses dont tu as parlées tout à l'heure. Financièrement je n'ai plus besoin d'hommes, mais j'en ai besoin pour mon plaisir sexuel par exemple. Il est inconcevable que je me passe d'un sexe masculin. Je les aime trop.

Guillaume : OK. Et donc les hommes sont des outils.

MT : Oui. Ce sont des serviteurs et ils sont utiles.

Guillaume : Mais ça entretient l'homme dans son illusion de pouvoir alors ? S'il garde des responsabilités par exemple ?

MT : Peu importe ce qu'il s'imagine. Il se fait les films qu'il veut. L'important est que la femme en profite allègrement et qu'elle ne soit pas prisonnière d'une situation. A elle de faire savoir à l'homme ou est la vraie dépendance.

Guillaume : Vous pensez qu'une femme entretenue est une femme libre ?

MT : Il y a une différence entre une femme entretenue et une femme qui se fait servir.

Guillaume : Je vois pas.

MT : La femme entretenue est sclérosée dans un rôle qu'on lui fait jouer, elle se sent diminuée et dominée. Et même contrôlée. La femme qui se fait servir est libre d'abuser d'hommes et de situations. Elle impose ses règles, elle crée une dépendance, elle perçoit l'avantage de sa situation, et elle en tire toute sa jouissance et son confort.

Guillaume : Mais elle est dépendante de l'argent de l'homme.

MT : Tu aimes bien te faire l'avocat du diable, toi.

Guillaume : Oui, mais je suis gynarchiste, je vous assure.

MT : Je sais... Nous sommes tous dépendants de l'argent. Du chef de l'état au dernier sdf. Ce qui est plus sûr, c'est que l'homme est totalement dépendant de la femme.

Guillaume : Pourquoi ?

MT : Parce qu'un homme qui se passe de femmes passe à côté de la vie et de tout ce qui est vivant. Je n'en connais pas beaucoup qui peuvent le supporter. D'autant que trouver et surtout garder une femme près d'eux est un véritable parcours du combattant. Ils font tous les efforts.

Guillaume : OK. Donc les femmes qui vont travailler, ça vous choque, si je suis votre raisonnement.

MT : Non. Elles ont certainement mieux à faire, mais si certaines s'accomplissent dans leur travail, libre à elles. Il y en a trop qui vont bosser parce qu'elles s'imaginent dominées par l'argent de l'homme. Pourtant l'argent de l'homme finit toujours par leur revenir, d'une manière ou d'une autre.

Guillaume : Donc, le matriarcat, tout ça...

MT : Fumisteries. La plupart des femmes gynarchistes sont de toutes façons des féministes haineuses qui cherchent à se venger. Elles n'ont rien compris à rien. Elles ne savent pas ou est le pouvoir. Le pouvoir est dans la manipulation. Plus elles prendront le pouvoir visible et plus ce seront les hommes qui les domineront en douce.

Guilaume : Vous pourriez donc vous marier et dilapider l'argent de votre époux ?

MT : (elle rit) Je n'ai pas été destinée à ça. Ce que je cherche à faire avec mes soumises, par exemple, c'est à les rendre libres, pour qu'elles se rendent compte du pouvoir qu'elles ont en elles et sur les hommes. C'est pour ça qu'elles ont un statut privilégié.

Guillaume : Mais vous croyez pas que toutes les femmes ne sont pas comme vous ? Que vous voulez les faire à votre image au fond ?

MT : Je crois que chaque femme à un pouvoir sur les mâles. Pas autant que moi sans doute. Mais elles en ont. La plupart d'entre elles auront un pouvoir sur un seul homme dans leur vie. Elles doivent en être conscientes et ne pas à en avoir peur, et apprendre à en jouir.

Guillaume : Moi j'adhère. Mais d'autres vont dire : "c'est moche, ou est l'amour dans tout ça ?"

MT : (elle sourit) Ça n'empêche pas l'amour. Mais il est stupide de croire que l'amour met à égalité.

Guillaume : L'homme est inférieur à la femme ?

MT : Des deux sexes, c'est la femme qui est la plus douée pour la vie sur cette planète.

Guillaume : Vous avez éprouvé de l'amour pour des soumis ou des soumises ?

MT : (elle réfléchit) Pour les soumis je peux avoir de l'estime, parfois du respect et même de l'affection. Mais pour les soumises j'ai une forme d'amour, très particulière, et c'est sans doute un amour de type maternel.

Guillaume : Maternel mais incestueux alors...

MT : Totalement incestueux.

Guillaume : Vos soumises sont mieux traitées que les soumis.

MT : Je traite durement les femmes. Au début, elles sont véritablement traitées comme des chiennes et elles en bavent. Mais par la suite, elles trouvent une place de choix.

Guillaume : D'accord. Et vous, à partir de quand on peut dire que vous êtes totalement indépendante des soumis ?

MT : Financièrement ? Dès que j'arrive en Angleterre. Là bas j'ai commencé à faire des placements immobiliers.

Guillaume : Après l'Italie, la France ? Vous étiez tricarde en Italie ?

MT : (elle sourit) Un peu, mais j'avais besoin de revenir en France... Je m'installe à Paris, et je ne fais quasiment plus de séances, en tous cas beaucoup moins qu'avant. Je voyage beaucoup, surtout. Ensuite, direction Bordeaux fin 2006.

Guillaume : Vous revenez sur les lieux de votre enfance en fait ?

MT : Oui. J'avais surtout besoin d'un point d'ancrage, pour mieux voyager et pour mieux revenir. Et Paris est assez éloignée de mon tempérament. Je déteste le stress des autres, l'impatience et la superficialité. Je dis pas que tous les parisiens sont comme ça... Mais j'ouvre donc un salon dans le quartier à putes de Bordeaux, et quelques mois plus tard, je décide d'apparaître sur Internet.

Guillaume : Alors là on aborde un sujet intéressant. En fait, vous n'y êtes depuis pas très longtemps sur le web ?

MT : J'ai attendu 17 ans de domination avant de m'afficher sur internet. C'est cela que beaucoup de contacts, par exemple, ne comprennent pas. Pour eux je suis nouvelle et je ne fais que du virtuel alors que c'est totalement faux.

Guillaume : Qu'est-ce qu'Internet vous a apportée ?

MT : C'est un outil génial. J'ai compris assez vite que j'allais en tirer un énorme avantage. Aujourd'hui, je peux sélectionner de manière drastique ceux que je rencontrerai. Je peux les former à distance, les suivre dans leur cheminement. Je peux également suivre mes soumis réels entre les séances, diriger mes moneyslaves sans les voir. C'est parfait pour moi. En fait le web s'adapte totalement à ma vision du SM.

Guillaume : Il y a aussi les inconvénients.

MT : Je peste sans arrêt contre tous les imbéciles du net, c'est vrai. Et ils sont nombreux. Ils sont même majoritaires. Mes présences sur msn par exemple sont parfois de vraies épreuves. Lorsque je me connecte, je vois entre 20 et 50 fenêtres de conversations qui s'ouvrent avec des types qui me demandent ce que je propose ou qui veulent me rencontrer demain à 11h30... Mais j'essaie de parler avec tout le monde. C'est la première fois que je m'ouvre un peu au monde, en réalité, et c'est un sentiment satisfaisant. J'ai pu trouver d'excellents serviteurs grace à internet et discuter avec des personnes intéressantes.

Guillaume : C'est paradoxal, vous devenez plus accessible à tout le monde, mais pourtant vous devenez inaccessible quand il s'agit de vous rencontrer.

MT : C'est très vrai ce que tu dis. Je dirais plutôt : difficilement accessible. C'est normal. Je pense qu'une Maîtresse doit être difficile à rencontrer. Je ne veux rien subir et surtout pas des clients SM qui n'ont rien compris et qui ne m'intéressent pas. Il y a un chemin à parcourir, avec un esprit particulier, c'est ce que je dis en permanence. Ce n'est pas parce que je suis sur le web maintenant que je vais accueillir tout le monde. Mais me rencontrer reste possible, c'est juste que c'est très difficile.

Guillaume : Vous dites que les soumis ne s'étalent pas devant n'importe qui. Alors comment vous faites pour les faire plier avec internet. Pas facile, non ?

MT : Il y a des carpettes qui s'étalent devant n'importe qui, mais ceux-là je n'en veux pas. Ils tendraient leurs culs à un âne s'ils pouvaient. Les autres viennent à moi naturellement. Il me suffit d'attendre.

Guillaume : Et s'ils résistent ?

MT : Je m'en moque. Je me moque de leurs idées ou de leur existence. Et c'est là que ça devient intéressant pour moi.

Guillaume : C'est à dire ?

MT : Pour certains d'entre eux il y a un processus cérébral qui va s'enclencher. Comme je ne fais aucun effort et que je me contente d'exposer ma vision, ils sentent que c'est à eux de faire l'effort pour venir jusqu'à moi. C'est à eux de me convaincre, en fait. Me résister, c'est tout simplement ne pas avoir envie de me convaincre. Donc ce n'est pas me résister.

Gullaume : C'est s'en foutre.

MT : (elle éclate de rires) Oui, aussi. Mais comme je m'en fous encore plus qu'eux, c'est moi qui gagne à tous les coups.

Guillaume : Et il y en a qui font semblant peut être, de suivre ce chemin que vous proposez ?

MT : Ceux là je les démasque vite, tu sais... Le chemin est tellement long et difficile...

Guillaume : Combien de temps entre une formation sur msn et une rencontre ?

MT : Entre six mois et un an. Parfois plus, parfois moins. Il y a des exceptions.

Guillaume : Pourquoi écrire votre blog ? Ça vous apporte quoi au fond ?

MT : D'abord c'est un plaisir. J'aime bien écrire, et même si je ne le fais pas très bien, je crois que ce n'est pas pire que d'autres Maîtresses SM. D'autre part, après toutes ces années, j'avais envie d'exposer ma vision des choses, des petites anecdotes, m'exhiber un peu aussi car j'apprécie cela. Etre un objet de fantasme ne me dérange pas. C'est mon espace d'expression en fait. Et ça me permet aussi de sélectionner.

Guillaume : Vous faites attention à ce qu'on vous dit au sujet de vos articles ?

MT : De temps en temps... (elle réfléchit) Je ne changerai pas un mot de ce que j'écris, mais j'aime bien voir les remous que certains sujets peuvent provoquer.

Guillaume : Et est-ce que vous faites attention à ce que vous dites ?

MT : Non, je pense que lorsque je veux rentrer dans le lard, je ne me retiens pas. Je ne me censure que lorsque je peux donner des informations qui pourraient me nuire, des noms ou des adresses par exemple...

Guillaume : J'ai lu que vous receviez des menaces, c'est vrai ?

MT : Oui, je reçois des insultes et des menaces quasi quotidiennement. Mais ce n'est pas grave. Tout cela est logique. Je dis que je profite sexuellement de mes soumis et soumises parfois, je dis que le fétichisme m'ennuie, que le folklore SM est ridicule, que les dominateurs n'en sont pas, etc etc. Il ne faut pas s'étonner que 90% des soumis et des dominateurs ou des Maîtresses me détestent.

Guillaume : C'est pas sérieux, je veux dire, ils ne feront jamais un truc pareil.

MT : Certains êtres sont aussi absolus que moi, donc je me méfie.

Guillaume : Vous vous protégez ?

MT : Je prends des précautions. Tu as du le remarquer, ça ne t'aura pas échappé je pense.

Guillaume : Oui. Vous avez déjà été agressée ?

MT : Il y a eu des tentatives mais je n'en ferai pas tout un plat.

Guillaume : Si on vous dit que vous êtes folle à lier, vous réagissez comment ?

MT : C'est ce que t'ont dit certaines dominas ?

Guillaume : Yes.

MT : Je comprends qu'on puisse le dire. Je ne vais pas les kidnapper et les enterrer dans un jardin pour autant.

Guillaume : Avec le parc que vous avez, vous pourriez en enterrer quelques unes.

MT : (elle éclate de rires)

Guillaume : Autre chose sur le blog : vous n'aimez pas qu'on vous demande des photos ou des vidéos, mais en même temps c'est frustrant pour l'internaute, vous le comprenez ?

MT : Bien sûr que je le comprends.

Guillaume : Soit vous en montrez trop soit vous en montrez pas assez, au fond ?

MT : (elle hésite) D'abord, il ne faut pas oublier que les cercles de Maîtresses sont des cercles intimes. Donc donner du contenu à l'internaute n'est pas ma vocation. Ensuite, je pense que je suis une femme qui s'est construite dans le texte et dans l'action, et je ne suis pas à proprement parler très à l'aise avec l'image, c'est sans doute pour cela que je fais des photos érotiques.

Guillaume : Et vous n'êtes pas redevable envers les internautes, c'est ça ?

MT : Evidemment. Ce serait ridicule de m'incliner devant les désidératas d'un public. J'écris ce blog avant tout pour moi. Si des gens ne sont pas contents, ça ne change rien pour moi.

Guillaume : Il y a des dominas qui font des photos de séances ou qui se filment.

MT : Elles font ce qu'elles veulent.

Guillaume : Mais vous n'avez pas pensé à faire des vidéos à un moment ?

MT : C'est exact. C'était prévu pour le début de l'année 2008. Et finalement j'ai organisé mon déménagement, je n'ai pas eu le temps et plus du tout la motivation. Le projet reste en suspens.

Guillaume : Qu'est-ce qui vous dérange au fond ?

MT : (elle devient grave) Ça me dérange de me donner en spectacle. Ça me dérange profondément. Autant je peux poser nue sans trop de difficultés maintenant, mais filmer une séance par exemple et la diffuser, ça ne me convient pas.

Guillaume : Pourquoi, à part le spectacle ?

MT : Parce que je pense que ce qui se passe entre une Maîtresse et un soumis doit rester entre eux. Si je filmais certaines choses, ces choses m'échapperaient. C'est pour ça que je pensais plutôt faire des vidéos pédagogiques. Et je ne crois pas qu'un spectateur puisse comprendre l'esprit d'une séance à travers une vidéo. Il voit une paire de bottes et il se branle dans un kleenex, et ça je n'en veux pas.

Guillaume : Vous préférez qu'ils se masturbe en regardant votre corps ?

MT : Oui, absolument. (elle sourit avec malice)

Guillaume : Alors à quand les vidéos X ultra hard ?

MT : (elle rit) J'y ai pensé, figure-toi... Mais j'ai pas le temps du tout.

Guillaume : Etre un objet de désir, ça vous est profitable ?

MT : Indirectement, oui. Mais c'est surtout que ça m'excite. Et surtout je préfère qu'un soumis se concentre sur moi que sur mes chaussures ou l'aspect de ma croix de saint andré.

Guillaume : Et est-ce que ce weblog vous profite ?

MT : A vrai dire, pas du tout. C'est le contraire, il me dessert. Je ne fais l'admiration que d'une poignée de soumis ou de cérébraux qui refusent justement le SM prostitué ou folklorique. Je ne mets pas d'huile dans les rouages, et je choque beaucoup d'habitués. C'est en tous cas ce que je constate depuis le début.

Guillaume : Mais comme ils ont besoin d'être bousculés, ça vous sert en quelque sorte, et ça explique que vous soyiez harcelée, que vous ayiez du succès.

MT : (elle réfléchit) Tu vois, je m'en rends compte depuis quelques mois. Mais lorsque j'ai lancé ces petits articles, je ne pensais pas que ça provoquerait l'effet contraire. Et tu as raison, ça me sert indirectement, finalement. C'est pour cela que je passe beaucoup de temps à décourager, à déconseiller, à fermer les portes. Je pense quand même que les gens qui se retrouvent dans ma vision sont largement minoritaires.

Guillaume : Vous le faites par provocation, ça se sent, non ?

MT : Non, j'écris ce que je pense. Si certaines personnes le reçoivent comme une provocation, c'est leur problème.

Guillaume : Là encore, vous savez très bien les effets que vous provoquez, franchement ?

MT : Je ne peux pas contrôler les effets que je provoque, que ce soit dans le sens positif ou non. Parfois, en effet, je sais que je vais me faire accabler d'insultes après certains articles très virulents. Je suis dans une position assise : j'écris, ça réagit, peu importe.

Guillaume : Vous dites que vous détestez les fantasmeurs, mais est-ce que ce blog n'est pas un refuge à fantasmeurs finalement ?

MT : C'est une excellente remarque. Je ne déteste pas le fantasme. Le fantasme est un des piliers du SM. Ce que je n'aime pas, ce sont ceux qui veulent passer à l'action alors qu'ils n'en sont pas capables. Mais d'ailleurs je ne devrais pas les mépriser. Il faut bien qu'ils passent à l'action pour savoir de quoi ils sont capables.

Guillaume : Alors ces fantasmeurs, vous les entretenez avec votre blog ?

MT : Forcément. Je crois que toutes les dominatrices sont génératrices de fantasmes. Je ne fais pas exception. Je sais que beaucoup fantasment sur mes pratiques, sur ce donjon, sur ma domination, et même sur mon corps. Franchement, ça ne me pose aucun problème... Certains avancent énormément par le fantasme. Simplement, je ne peux pas supporter l'idée qu'on veuille passer à l'action alors qu'on est fait pour rester dans un fauteuil. Je veux du résultat.

Guillaume : Mais dans un mail que vous m'aviez écrit, vous disiez justement que vous en aviez marre des gens qui discutaient de leurs fantasmes sans rien faire ?

MT : Bonne mémoire (elle sourit). C'est vrai. Disons que c'est agaçant. Moi je suis une femme d'action. C'est l'action qui m'intéresse. Mais lorsqu'un individu explore ses côtés sombres, même en inventant des histoires, c'est parfait car au fond il avance autant qu'un soumis en séance réelle. Son esprit travaille.

Guillaume : Mais vous êtes cérébrale pour une femme...

MT : (elle éclate de rires). Pour une femme ?? (elle réfléchit) Peu de femmes sont cérébrales mais peu d'hommes le sont aussi. J'essaie de faire comprendre ce que je fais, et quel sens il y a dans mes actes.

Guillaume : Combien de dominateurs ont voulu vous mater depuis que vous êtes sur le web ?

MT : Quelques uns seulement. En fait ils ne sont pas nombreux, mais encore beaucoup trop pour que je consente à les recevoir. Je n'ai pas envie de perdre du temps avec ça.

Guillaume : Ça vous fait peur ?

MT : Non, le prévisible ne me fait pas peur.

Guillaume : Jamais un homme ou une femme n'a réussi à vous dominer de force ?

MT : Non. Et la raison est très simple, je suis plus violente que mes agresseurs. S'il fallait sortir un couteau et le planter, je n'hésiterais pas l'ombre d'une seconde.

Guillaume : OK. C'est quand même bizarre venant d'une femme, non ?

MT : (elle sourit) C'est logique venant d'une sadique je pense.

Guillaume : C'est pas pour impressionner que vous dites ça ?

MT : Non, mais je ne tiens pas à le démontrer. Je suis capable d'aller loin car je vais loin avec plaisir.

Guillaume : Dans votre blog vous écrivez que les soumis ne sont pas des moutons, le pensez-vous vraiment ?

MT : Tu n'es pas soumis, mais si je te demandais de te mettre à genoux maintenant, le ferais-tu ?

Guillaume : Euh franchement c'est très possible.

MT : Alors imagine-toi que tous mes soumis sont comme toi. Ce ne sont pas des larves et ils ne se soumettent pas à n'importe qui, on en parlait à l'instant.

Guillaume : OK. Une question sur l'orgie romaine.

MT : Oui.

Guillaume : Question bête, c'était vrai ?

MT : (elle sourit et regarde en l'air) On me pose la question dix fois par jour. Mais je comprends qu'on se la pose. Pour beaucoup de gens ça parait extraordinaire et impossible, alors que pour moi c'est bâteau, je peux faire bien mieux que ça. J'ai tous les moyens de faire ce genre de séances, les moyens intellectuels et financiers. Pourquoi je ne le ferais pas ? Les Borgia ont sans doute fait pire, et je ne parle même pas de toutes les partouzes privées depuis la nuit des temps. J'ai entendu parler ou vu certaines parties SM privées qui étaient encore plus hallucinantes que ce que j'ai fait, mais je ne peux pas rentrer dans les détails. Top secret.

Guillaume : Le SM est un milieu clos.

MT : En effet.

Guillaume : Quelle est la morale de cette orgie au fond ? Que vous êtes la plus forte ?

MT : Non. La morale de l'histoire, c'est que beaucoup de personnes ne peuvent pas admettre que je puisse faire des choses qui dépassent leur imagination. J'ai écrit un article à ce sujet d'ailleurs. Alors que toute ma vie est basée sur ça justement : fréquenter des gens bizarres, vivre des situations extraordinaires, aller au delà de l'imagination d'autrui. Je ne fais que ça et je suis faite pour ça. Je peux même te dire que certaines personnes de mon entourage ont trouvé cette orgie banale.

Guillaume : Banale ? Moi j'ai trouvé certains passages kitsch et même un peu ridicules si vous permettez. Genre : le cheval dans la cave pour démontrer la faiblesse masculine.

MT : (elle sourit) Oui c'est vrai que vu comme ça... C'est très mal raconté... En réalité les choses se sont passées différemment. Mais je ne peux pas en vouloir aux soumis qui ont fait le récit, ils ont fait un travail correct malgré la fatigue, l'alcool, etc... Ils ont eu peu de temps, il faut le souligner.

Guillaume : Si ça s'est pas passé comme ça, ça s'est passé comment ?

MT : L'atmosphère n'était pas aussi solennelle. Il y avait beaucoup de détente, de second degré et d'humour. On a beaucoup ri. Il y a eu aussi des moments de stupeur, c'est vrai...

Guillaume : Les soumis qui vont ont sautée dessus, eux ils n'ont pas du rire par la suite.

MT : Oui, ça c'est la stupeur. (elle rit)

Guillaume : L'inceste, je trouve ça carrément incroyable.

MT : C'est un travail de longue haleine. Il m'a fallu deux ans pour en arriver à ce résultat. Ce sont des gens que j'ai préparé à cela, progressivement. Je ne pouvais pas l'obtenir d'un simple claquement de doigts. Ils en avaient envie.

Guillaume : Le récit donne l'impression du contraire.

MT : C'est exact et c'est dommage. Le récit ne parle pas du dessous des cartes.

Guillaume : Le soumis dans la trappe, ça c'est carrément... trop gros.

MT : Et tellement simple.

Guillaume : Comment pouvez vous obliger des êtres humains à faire des trucs pareils ?

MT : (elle lève le sourcil) Je ne comprends pas exactement le sens de ta question.

Guillaume : Je veux dire que vous, vous êtes capable de faire ça, mais comment un soumis peut-il accepter tout ce que vous lui imposez ?

MT : Il faut que tu saches que le soumis de la trappe, par exemple, il était ravi de son séjour... Il m'a même dit que c'était un honneur ! (elle rit) Plus sérieusement, tant qu'il y aura des gens comme ça, qui sont capables d'aller aussi loin, alors tout sera possible. Je ne suis pas plus extravagante que les capacités de mes soumis. C'est cela qu'il faut comprendre.

Guillaume : Vous voulez dire que si vous allez très loin, c'est que vous avez des soumis qui vont aussi loin ?

MT : Bien entendu. Et même parfois plus loin. Je ne dis pas qu'ils dépassent mon imagination, mais ils sont capables de dépasser des limites physiques et cérébrales très élevées. C'est pour cela que toutes ces choses sont possibles et que j'ai pu m'offrir le luxe de cette orgie. Parce que je dispose de gens qui sont capables de faire cela. On n'imagine pas tout ce dont est capable l'homme. C'est aussi pour cela que je suis très sélective, et c'est aussi pour cela que le soumis, avec moi, va apprendre à se libérer et forcer des tabous. Je les forme pour l'extrême, je les libère en quelque sorte pour qu'ils puissent devenir des jouets dont je pourrai abuser sans limites. (elle sourit) Ça fait un peu discours de grand gourou, mais c'est totalement vrai.

Guillaume : Oui, un peu. Est-ce qu'on peut dire que ces gens sont fous ?

MT : Non. Enfin... Tout dépend pour qui. Moi je vois surtout qu'ils sont utiles et fidèles, et qu'ils vont au bout des choses.

Guillaume : Et vous ?

MT : Si je suis folle, alors je contrôle très bien ma folie.

Guillaume : Il y a un épisode qui m'a un peu fasciné, c'est la partouze.

MT : Oui forcément... C'était une véritable folie furieuse sexuelle. J'aime ces atmosphères là, à couper au couteau, d'autant qu'elles sont rares. Un moment où personne ne réfléchit plus, où le côté bestial de l'humain s'exprime, sans barrières. Ça a explosé comme un bâton de dynamite. J'ai créé toutes les conditions pour que ça arrive. Tout le monde a baisé avec tout le monde. On est loin du club échangiste, c'est sûr.

Guillaume : C'est hallucinant quand même.

MT : Non, c'est logique. Tout le monde était bourré, chauffé à blanc, et on était là pour ça. J'ai allumé l'étincelle au moment où il le fallait.

Guillaume : Vous pensez que c'est la plus grosse partouze de tous les temps ?

MT : (elle rit) Non, il ne faut rien exagérer. Je pense que c'était une partie fine assez exceptionnelle dans sa conception et dans son déroulement. C'était un rêve que j'avais depuis longtemps, et j'ai passé plus de deux années à y penser et à la rendre possible. Mais j'ai vu des trucs bien plus extrêmes et extraordinaires que ça.

Guillaume : Ça vous embête que certaines personnes vous prennent pour une mythomane ?

MT : (elle soupire) Non, pas du tout. Les gens sont habitués à la banalité, et beaucoup ne soupçonnent pas tout ce qui peut se passer dans certaines soirées privées ou certaines séances très spéciales. Et comme je ne donne aucune preuve, je comprends certaines réactions. Ces choses là restent très confidentielles en général, personne n'en parle. Moi j'ai voulu qu'il y ait un récit, je m'exposais forcément à de l'incrédulité. C'est parfois agaçant, mais c'est le jeu. En fait je n'aurai qu'une chose à dire : tant que ce n'est pas techniquement impossible, je peux le faire.

Guillaume : Alors à quand les vidéos de la partouze sur le web ?

MT : (elle me fait un clin d'oeil) N'y compte pas.

Guillaume : On a du vous le dire, mais j'ai vu des références à des choses au cinéma ou en littérature.

MT : Oui on me l'a dit. Le Caligula de Tinto Brass m'a marquée par exemple. La version intégrale bien sûr.

Guillaume : Est-ce qu'il vous est arrivée de dominer ailleurs ?

MT : Oui bien sûr.

Guillaume : Je veux dire : dominer dans un endroit que vous ne connaissez pas par exemple ?

MT : Oui, certainement. Je m'impose y compris dans des endroits que je ne connais pas. J'ai ce donjon, mais je peux tout aussi bien dominer dans un jardin public.

Guillaume : Il y a bien des gens qui vous résistent dans la vie de tous les jours.

MT : On en parlait tout à l'heure, mais il est vrai que certaines personnes ne supportent pas que quelqu'un prenne l'ascendant. Ça ne change rien à mon comportement d'ailleurs.

Guillaume : Il y a des clashs ?

MT : Les clashs sont extrêmement rares. Les gens ferment leur gueule et préfèrent planter des couteaux dans le dos. Ils refusent l'affrontement en général.

Guillaume : Et on vous en a plantés, des couteaux dans le dos ?

MT : Bien sûr, comme tout le monde.

Guillaume : Comment expliquez-vous que des gens aient essayé de vous dominer chez vous ?

MT : Je pense que ce sont des gens qui placent leur domination dans une perspective de conquête, je l'ai d'ailleurs écrit quelque part. En fait ils ne supportent pas le nombril des autres et veulent imposer leur propre nombril.

Guillaume : Et avec vous ça ne marche pas.

MT : Non puisque le monde tourne autour de mon nombril.

Guillaume : Oui mais tout le monde peut dire ça.

MT : Bien sûr. Chacun son nombril. Et celui des autres ne m'empêche pas de dormir.

Guillaume : OK. La Trinity que je vois maintenant est-elle la même lorsqu'elle quitte le donjon ?

MT : Je ne joue pas un personnage, je suis moi même. Donc oui, je suis toujours comme cela, parce que c'est ma nature.

Guillaume : Vous ne vous arrêtez jamais de dominer ?

MT : Jamais, puisque je réponds à ce que je suis. Je ne fais aucun effort.

Guillaume : C'est pas fatiguant ?

MT : (elle rit) Demanderais-tu à un top model si elle cesse d'être belle lorsqu'elle quitte le podium ? Elle ne fait aucun effort pour être belle. Donc pas de fatigue.

Guillaume : Mais vous dominez aussi chez vous ?

MT : Oui, d'une autre manière. Par exemple la soubrette et le portier que tu as vus me servent aussi à domicile. Je ne fais pas de pratiques SM chez moi mais je domine constamment.

Guillaume : Vous n'éprouvez jamais le besoin de vous arrêter ?

MT : Non, bien sûr que non.

Guillaume : Je dis cela parce que j'ai lu que vous demandiez parfois à vos soumis de vous dominer.

MT : C'est exact, oui.

Guillaume : Est-ce que ça ne traduit pas un besoin de vous abandonner parfois ?

MT : Bien sûr, je m'abandonne au plaisir, mais jamais à quelqu'un. Parfois j'ai envie de me faire fesser, attacher, sodomiser ou uriner dessus. Ce sont des petites perversions de bourgeoise qui se roule dans le stupre. (elle rit)

Guillaume : Ah oui carrément ? Donc ces soumis vous dominent.

MT : Non, tu ne comprends pas. Ils exécutent un ordre. Et ils savent ou est leur place. Ils peuvent me servir aussi de cette manière là si je leur demande.

Guillaume : Mais un vrai maitre ferait pareil ?

MT : Non, parce qu'un maitre tenterait de prendre l'ascendant sur moi. Et pour qu'il me fasse mettre à genoux, il faudrait qu'il soit Dieu en personne. Lorsqu'un soumis me sodomise, ou qu'une soumise m'urine dans la bouche, par exemple, ils savent très bien qu'ils ne font que répondre à une pulsion de ma part et ils se doivent de m'apporter satisfaction. C'est très différent.

Guillaume : Vous les soumettez en leur demandant de vous dominer ?

MT : Presque. Ils sont déjà soumis, et je leur demande de faire un jeu de domination pour mon plaisir. Il serait stupide de penser qu'une dominatrice ne prend son pied qu'en se tenant debout avec un fouet à la main.

Guillaume : Mais c'est pas vraiment un abandon, vous ne vous en remettez pas à quelqu'un.

MT : C'est vrai, je ne m'en remets qu'à mes envies.

Guillaume : Mais vous n'avez jamais essayé de vous abandonner à quelqu'un ?

MT : J'ai rencontré des dominas lorsque j'étais aux USA. Mais ça n'a pas fonctionné.

Guillaume : Pourquoi ?

MT : Parce que je suis avant tout une totale insoumise. Et ce n'est pas perdre le contrôle qui m'ennuie. C'est simplement qu'un individu puisse essayer de prendre un ascendant sur moi.

Guillaume : On ne peut pas dire que vous soyiez switch ?

MT : Non car un switch se fait vraiment dominer comme il domine vraiment.

Guillaume : Mais il n'y a rien qui puisse vous atteindre ?

MT : Si bien sûr. Je suis humaine.

Guillaume : Moi je pense par exemple que vous ne pourriez pas supporter la frustration.

MT : Bien vu (elle sourit) C'est très vrai, je ne supporte pas la frustration, quelle qu'elle soit.

Guillaume : Et vous n'avez jamais essayé de voir vos limites par jeu ?

MT : Si, mais pas avec des personnes qui sont sensées me dominer. J'ai fait des séances assez hard où j'ai constaté que j'avais des ressources mentales qui me permettent de prendre le dessus sur la souffrance. Ce que font tous les masochistes d'ailleurs, il n'y a rien d'exceptionnel. C'est intéressant.

Guillaume : Et pas avec un maitre.

MT : Je l'ai envisagé, mais ça n'a pas duré cinq minutes. Je ne pourrais pas me soumettre à un maitre, je te l'ai dit. Il lui faudrait s'imposer, et il ne pourrait pas, et même s'il essaye, rien qu'à cette idée, ça me donne envie de lui casser les genoux et de l'envoyer pourrir dans une geôle pendant trois semaines. C'est une idée insupportable.

Guillaume : OK. Ça calme.

MT : (elle éclate de rires) Mais je possède des maitres parmi mes soumis. Et je leur demande parfois de me faire des choses. Cependant ils sont mes soumis, donc ils ne cherchent pas à s'imposer, ils exécutent.

Guillaume : Vous pourriez raconter ?

MT : (elle sourit) Tu es curieux, non ? Parfois je torture un soumis sur la croix de saint andré pendant une bonne heure. Je le laisse attaché, et je fais rentrer un de mes soumis dominants. Ce dernier me prend par les cheveux, il me force à lui faire une fellation, il me met la fessée et il me prend de force, sous les yeux du maso. Le maso, évidemment, ne comprend plus rien. Le plus marrant, c'est qu'ensuite, j'attache le dominateur à un chevalet, et je détache le maso. Et je demande au maso de sodomiser le dominateur.

Guillaume : C'est fou...

MT : Oui, mais le plus marrant, c'est que je finis la séance en sodomisant le maso. Ainsi la boucle est bouclée. (elle se met à rire)

Guillaume : En fait, le maso passe par tous les états d'esprit.

MT : Voilà. C'est essentiel de ne pas cantonner un soumis à une place définie. Il faut qu'il envisage toutes les possibilités pour comprendre ou est sa vraie place.

Guillaume : C'est fou... Et ça ne vous dérange pas de vous montrer violentée par un soumis devant un autre soumis ?

MT : Non, au contraire. C'est très excitant. Et très drôle aussi, car il commence à se dire qu'il vient de se faire torturer par une soumise et que le dominateur est plus fort que moi.

Guillaume : Et ensuite vous lui ordonnez de sodomiser ce type qu'il pensait plus fort que vous. Et vous le sodomisez à votre tour.

MT : Voilà, là tu as compris, je le sens.

Guillaume : C'est tordu...

MT : Le SM c'est tordu oui.

Guillaume : Et la violence ne vous dérange vraiment pas ?

MT : Non j'aime la violence. On dit souvent que c'est l'arme des faibles, mais je suis toujours sidérée de voir des dominateurs qui font leurs numéros d'hypnotiseurs et qui deviennent tous blancs lorsqu'ils se prennent une gifle. Le SM est aussi physique, il ne faut pas l'oublier. Un simple numéro de coq du village ne suffit pas. Le sens de la répartie ne suffit pas. Une culture générale ne suffit pas. L'exercice de la violence est tout à fait indispensable car le SM, ce sont aussi des actes, pas seulement des sauts périlleux intellectuels. Il faut être capable d'en user et d'en abuser avec esprit.

Guillaume : Mais dans ce cas, n'importe quel abruti peut s'imposer par la force ?

MT : Je n'ai pas dit que c'était l'essentiel mais un ingrédient indispensable. L'esprit sans violence physique ne vaut rien en SM, mais la réciproque est vraie.

Guillaume : Est-ce que vous envisagez arrêter le SM un jour ?

MT : Oui, bien sûr. Du moins j'arrêterai de faire des séances.

Gullaume : Vous avez défini une date ?

MT : Oui.

Guillaume : Et que deviendra tout ça, le chateau, les soumis ?

MT : Mais tout ça restera. Mes assistantes prendront le relai. Moi je continuerai à être servie et à prendre plaisir aux perversions. Simplement je cesserai de diriger des séances.

Guillaume : Vous êtes lassée ?

MT : J'ai fait le tour de la question depuis longtemps. Mais surtout je pense qu'un jour l'envie ne sera plus là. Et comme je ne suis que mon envie.

Guillaume : Madame, je vous vois ici, avec vos soumis, le fait de vivre ici, ce n'est pas fuir la réalité ?

MT : Je n'y vis pas, c'est un donjon, un lieu de plaisir et de concentration. Je vis ailleurs. Non je ne fuis pas la réalité, et je n'ai même pas besoin d'aller vers la réalité, puisque la réalité vient à moi de toutes façons.

Guillaume : Je parlais de la vraie réalité, la vie de tous les jours.

MT : Mais je ne la fuis pas, je la connais. Je sors, je voyage beaucoup, j'aime me perdre dans des villes à l'étranger que je ne connais pas... Je n'ai pas le nez collé dans le SM tout le temps, heureusement, j'aime varier les plaisirs. La réalité des autres m'intéresse assez, il y a des détails qui en disent long. Je suis toujours à l'affut des perversions des autres.

Guillaume : Est-il possible d'avoir des rapports normaux avec vous ?

MT : Non. Seules quelques amies proches y sont parvenues.

Guillaume : Pourquoi ?

MT : Parce que je suis distante et méfiante de nature, il est difficile de m'aborder ou de nouer une relation humaine avec moi en général. Il y a une barrière qui se crée automatiquement entre moi et les autres, et je n'y peux rien d'ailleurs, ce n'est pas le fruit d'une attitude mais d'une nature, je pense que tu le remarques.

Guillaume : En souffrez-vous ? Ça doit pas être simple quand même.

MT : C'est la minute psy ?

Guillaume : Depuis le début, Madame.

MT : (elle sourit) Non. Je ne suis pas du genre à me faire tutoyer et à un fumer un pétard avec un inconnu en parlant de la vie, c'est pas mon genre. Je ne mets personne sur un pied d'égalité avec moi, hormis mes amies proches. C'est quelque chose que je ne peux pas expliquer, c'est comme cela. C'est une distance, voilà tout.

Guillaume : Vous pensez être plutôt sympathique ou antipathique ?

MT : (elle réfléchit) C'est une question que je ne me pose absolument jamais. C'est si important ? (elle sourit)

Guillaume : Quand on a une vie sociale, oui.

MT : Je suis plutôt une solitaire. Je ne m'entoure que de gens que je choisis.

Guillaume : J'ai l'impression que vous n'arrêtez jamais de sélectionner, j'ai raison ?

MT : (elle rit) Gagné. C'est vrai, je choisis le meilleur de la vie.

Guillaume : Est-ce que vous pensez à la vieillesse ?

MT : (elle semble surprise) Oui, fatalement... Tu veux dire au déclin de ma joliesse ?

Guillaume : Oui Madame.

MT : Bien sûr. Pour le moment, je me maintiens très bien, et même au dela de mes espérances. Mais il arrivera un jour où je serai moins avenante, et je ne ferai plus bander personne. (elle rit)

Guillaume : Ça vous fait peur ?

MT : Non, là encore c'est prévisible.

Gullaume : Est-ce que votre pouvoir ne se résume pas au fait de faire bander ?

MT : (elle me fixe) Précise ta question.

Guillaume : Lorsque vous ne ferez plus bander, peut être que toutes vos autres qualités ne suffiront pas à fasciner des hommes et des soumis et que tout tombera comme un chateau de cartes...

MT : C'est une excellente question...

Guillaume : Merci Madame.

MT : Je pense que je resterai jolie et très féminine. Mais je serai moins sexy, encore que certaines femmes sont très sexy à 50 ans. Je pense aussi que les soumis qui entrent dans mon cercle ne le font pas pour des raisons physiques, même si ça joue un peu forcément. Alors la seule chose que je puisse te dire, c'est que ce jour là je verrai qui sont les vrais soumis.

Guillaume : Mais ce sera trop tard.

MT : Bien sûr. Tu sais, j'ai connu des dominas qui étaient un peu plus mûres, pas très belles, mais elles avaient un tel charisme que tout le monde était persuadé qu'elles étaient superbes. Ça risque sans doute de m'arriver.

Guillaume : Est-ce vous arriverez à supporter une détérioration physique ?

MT : Bien entendu, je suis comme toutes les femmes qui approchent la quarantaine, je m'y prépare.

Guillaume : Sinon, un peu de silicone et de botox et ça roule.

MT : (elle éclate de rires) Bonne idée, merci... Le silicone j'y pense d'ailleurs...

Guillaume : Vous avez beaucoup de soumis qui vous vénèrent à cause de votre physique ?

MT : Oui. Je ne peux pas le leur reprocher. Il y en a aussi qui me détestent à cause de cela, qui me prennent pour une poupée sans cervelle.

Guillaume : Sans cervelle ?

MT : Hé oui, il y a d'indécrotables petits machos qui n'imaginent pas qu'une femme ne se contente pas que de son physique. (elle sourit) Il y a aussi des gens qui considèrent que je ne suis pas une vraie Maîtresse.

Guillaume : C'est à dire ?

MT : Ils considèrent que mon physique me permet de palier à des lacunes.

Guillaume : C'est faux quand on vous lit.

MT : Bien entendu. En réalité j'en connais peu qui aient autant d'esprit et d'expérience que moi. Et cela restera. Mais cette question du physique est évidemment importante. J'en jouis pour le moment, et un jour j'en jouirai moins. Et peut être y aura-t-il des soumis qui s'en iront parce que je ne les ferai plus fantasmer. C'est arrivé à toutes celles qui ont dominé à un âge mûr, aucune n'y échappe. Ça pose la question des vraies motivations du serviteur, et je n'ai pas la réponse encore. Même si j'ai une petite idée. De toutes façons je n'y accorde pas une grande importance. J'aime plaire, comme toutes les femmes, mais je peux m'en passer.

Guillaume : De toutes façons vous aurez sans doute arrêté avant ?

MT : Probablement oui. Je vais y échapper.

Guillaume : OK. Vous parliez d'autres dominatrices, que pensez-vous du monde SM en général ?

MT : J'en ai parlé sur mon blog... En fait je ne peux pas reprocher au monde SM de ne pas être tel que je suis. Il y a des jours où je suis en colère, et d'autres où je suis un peu plus conciliante. La prestation de services, par exemple, a son utilité. Peut être ai-je tort de pester contre ce SM là. Peut être ai-je perdu de l'énergie à la colère au lieu de me concentrer sur ma façon de voir les choses. Mais il y a tellement de crétins dans ce monde. Il faut bien que je me mette en rogne de temps en temps.

Guillaume : Pourriez-vous donner des noms de dominas que vous respectez ?

MT : Non, je ne ferai pas cela. Je peux dire simplement qu'il y a beaucoup plus de sadisme chez certaines prestataires de services que chez des dominas embourgeoisées qui se font des films. Une jeunette de 20 ans qui abuse d'un homme dans un supermarché, par exemple, est beaucoup plus dominante et beaucoup plus peste qu'une castafiore parisienne suréquipée qui joue sa pièce de théâtre.

Guillaume : Pensez-vous qu'une vraie dominatrice doit être gynarchiste ?

MT : Non, pas nécessairement. Pour moi, une vraie dominatrice est une femme qui ne pense qu'à son nombril et qui agit et fait agir en conséquence.

Guillaume : C'est une manière d'être gynarchiste, non ?

MT : Oui, je te l'accorde.

Guillaume : Vous voyez toujours les dominateurs commes des imposteurs ?

MT : Le mot "imposteur" est un peu fort. Je pense simplement que dans la majorité des cas, c'est la soumise qui tire inconsciemment les ficelles, quand ce n'est pas consciemment d'ailleurs. Je suis toujours morte de rires lorsque je lis certains d'entre venir pleurer sur un forum parce que leur soumise s'est barrée. (elle sourit)

Guillaume : Ils les aimaient.

MT : Ils en devenaient dépendants, surtout. Et ça n'était pas réciproque, visiblement. (elle ricane)

Guillaume : Ne pensez-vous pas que les vraies Maîtresses sont rares ?

MT : Oui. Elles sont aussi rares que les vrais soumis.

Guillaume : Vous semblez refuser beaucoup de types de soumis, les pulsionnels, les clients, les fétichistes, ceux qui ont trop d'expérience.

MT : Oui, en effet. Je recherche les perles rares. Ceux qui ont compris que le seul sens dans tout cela est de servir une femme qui les dépasse.

Guillaume : Servir comment ?

MT : Etre utile à mon plaisir, à mes envies, à mon désir, à mon confort. En fait je cherche les pièces qui manquent à mon puzzle. Ça peut être un maso qui va supporter une séquestration longue parce que ça m'amuse. Ou bien un moneyslave. Ou un scato, quand j'en ai envie. Ou encore un amant performant. Ou un type dont l'histoire et le profil vont m'intriguer. Ou un jeunot tellement naïf que le modeler entre mes mains va m'amuser. J'aime aussi les types qui ont une histoire de famille compliquée, des rapports particuliers avec leur épouse ou leur mère. Quoi d'autre ? Certains hommes qui veulent perdre totalement le contrôle de leur vie aussi. S'en remettre à moi. J'aime amener tous ces gens à faire des choses dégoutantes, à les salir. Et qu'ils comprennent que c'est une manière de se libérer pour bien me servir.

Guillaume : Je demande ça, parce que parfois je me dis : comment lui plaire ?

MT : (elle sourit) C'est difficile. L'essentiel est de ne pas chercher à me plaire. Par exemple je t'ai reçu aujourd'hui parce que ton fétichisme je ne l'ai jamais vu auparavant.

Guillaume : Vous n'êtes pas blasée au fond ?

MT : Non. Pas du tout. Il y a certaines choses qui m'intéressent moins, avec le temps, c'est normal. Mes recherches deviennent plus précises. Des types qui adorent lécher des pompes pendant des heures, par exemple, ça me fait bailler. Je cherche des types hors du commun, et souvent ces gens ne savent pas qu'ils ont quelque chose d'exceptionnel.

Guillaume : Comment est-ce que vous les repérez ces gens ?

MT : L'instinct. Dès le premier contact, et même si c'est par internet, je sens quelque chose. Leur manière d'écrire et de réagir est très révélatrice.

Guillaume : Et vous n'êtes jamais déçue ?

MT : Je mets tellement de temps et tellement d'épreuves entre le premier contact et une éventuelle rencontre que ceux que je reçois ne peuvent que très rarement me décevoir.

Guillaume : Et pour ceux qui vous déçoivent, que se passe-t-il ?

MT : Je les garde à distance.

Guillaume : Ah bon.

MT : Je me rends compte que certains soumis sont meilleurs à distance qu'en direct live. J'ai tout un cheptel de serviteurs à distance.

Guillaume : Mais c'est pas une vraie servitude.

MT : Bien sûr que si. J'ai une vision assez particulière de la vérité, si je puis dire. La réalité n'est pas forcément la vérité pour moi. Je ne crois pas que ce que je vois sous mes yeux est plus vrai que ce que je ressens à distance. Ce serait nier tout le côté cérébral de la chose. D'ailleurs, leur servitude à distance est bien réelle et tout aussi vraie. Simplement, lors des rencontres, ils se prennent les pieds dans le tapis. Est-ce à dire qu'ils sont mauvais ? En direct oui. Mais à distance ils sont très bons. Alors je les garde.

Guillaume : C'est particulier. Vous voulez dire que ces soumis ne sont soumis qu'à distance et pas devant vous.

MT : Je veux dire qu'ils sont meilleurs à distance. C'est un mode opératoire qui leur permet de mieux me servir et d'atteindre les résultats que je demande. Et moi ce qui m'intéresse, c'est le résultat.

Guillaume : OK. Et comment ils réagissent ceux que vous refusez ?

MT : Certains s'effacent élégamment. Et d'autres (elle se met à rire), d'autres le prennent très mal, ils sont très vexés, tu sais. Ils s'imaginaient exceptionnels, uniques dans leur genre. Et en fait pas du tout, des types comme eux j'en ai vus d'autres. Péché d'orgueil.

Guillaume : On peut être soumis et orgueilleux ?

MT : Visiblement oui. Un soumis est un homme et chaque homme a sa petite fierté, c'est bien normal. Je ne parle pas des carpettes, bien sûr... Beaucoup de pratiquants ont le sentiment d'être des gens exceptionnels, ce qu'ils sont souvent d'ailleurs. Ils ont raison d'être fiers d'eux, ils ont du courage, ils vont parfois loin. Et certains d'entre eux ont la mauvaise idée de prendre les dominas de haut, ils essayent de les impressionner. Mais avec moi ça ne marche pas. En fait je ne suis pas du tout impressionnée par leurs capacités. Il faut rester très humble avec moi, si je sens qu'un soumis fait le fanfaron parce qu'il est resté au service de Maîtresse machin pendant x années, je l'éjecte directement. Pour moi ça ne veut rien dire. La plupart de ces types n'ont vu qu'une facette de la soumission et ils sont très formatés.

Guillaume : Vous arrive-t-il de refaire exactement la même séance ?

MT : Bonne question. En réalité, je ne fais jamais deux fois la même séance. Ou bien j'y ajoute des variantes, ou j'y apporte un esprit différent, pour avoir une autre optique. Mais je pense que je dis une bêtise. Il peut m'arriver de le faire si je dois encastrer quelque chose dans la tête du soumis et qu'il ne comprend pas. Alors il faut être dans la répétition de l'acte, jusqu'à ce qu'il comprenne. Hormis cela, je n'aime pas reproduire. J'aime inventer, improviser en fonction de mes envies et de mon humeur.

Guillaume : Il peut vous arriver de faire des séances totalement improvisées ?

MT : A de rares exceptions près, mes séances sont toujours improvisées. Je ne peux pas savoir la veille quelle sera mon envie du lendemain. D'autant que mes envies changent d'heures en heures.

Guillaume : Et là aussi, comment réagissent les soumis ?

MT : S'ils sont à mon service en réel, c'est qu'ils savent comment je fonctionne. Ils s'adaptent. Et ils savent très bien que je ne les domine pas comme ils s'y attendent.

Guillaume : C'est dur à gérer pour eux.

MT : Fatalement. Mais ils sont là pour ça.

Guillaume : Il peut vous arriver de céder à une demande ou un désir de leur part ?

MT : C'est extrêmement rare. Mais j'écoute toujours ce qu'ils ont à dire. Ils ont le droit de s'exprimer.

Guillaume : Comme le disait un des soumis que vous avez renvoyé, c'est à sens unique.

MT : Bien entendu. Je n'ai jamais pris de plaisir dans l'échange. Certaines dominas prennent du plaisir à cela, et je ne les blâme pas. Moi ça m'ennuie, et globalement les soumis ne m'apprennent rien.

Guillaume : Vraiment vous n'apprenez jamais quelque chose par vos soumis ?

MT : Très rare, et c'est à leurs dépens.

Guillaume : Quel est le sens de tout ça, quel est votre but ?

MT : Mon plaisir, l'assouvissement de beaucoup de choses. Et il y a aussi un autre sens, qui est celui de la connaissance de l'humain. Mon but secret, je ne le dirai pas.

Guillaume : L'argent ?

MT : L'argent n'est pas un but, c'est un moyen et un plaisir. Et je gagne beaucoup plus d'argent en louant des meublés, je t'assure.

Guillaume : Est-ce que finalement vous ne donnez pas plus que vous en prenez ?

MT : Je donne forcément du plaisir, par exemple, mais ce n'est jamais le but justement. J'apprends à des personnes à se libérer, je leur ai donc apporté quelque chose, mais c'est toujours dans mon intérêt. S'il faut faire jouir un individu pour qu'il me donne ce qui m'intéresse alors je le fais jouir.

Guillaume : Vous n'êtes pas contre la jouissance du soumis alors ?

MT : Si c'est le seul moyen pour le faire avancer dans mon intérêt, alors non. Je ne frustre pas sans raison, mais je ne donne pas du plaisir sans raison non plus.

Guillaume : Donc, si un moneyslave vous demande une fellation en échange de 10000 euros, alors vous le faites, si je suis votre raisonnement.

MT : Non. Parce que je n'ai pas besoin de ses 10000 euros d'une part, et d'autre part, s'il est prêt à donner cet argent, c'est pour obtenir ce plaisir.

Guillaume : Alors je comprends pas.

MT : Le plaisir que prendra le soumis sera toujours indirect et involontaire pour lui. C'est une manipulation par le plaisir. Il n'est pas là pour obtenir quelque chose. Il peut recevoir, à sa grande stupéfaction, quelque chose, si je considère que le plaisir sera un élément qui le fera progresser.

Guillaume : Comme une récompense.

MT : Surtout pas. Comme un investissement.

Guillaume : Donc le plaisir que vous lui donnez est quelque chose que vous contrôlez.

MT : Bien sûr. Je l'envisage, je le calcule, je le donne en quelque sorte. Mais c'est toujours un levier, un bouton sur lequel j'appuie quand il le faut.

Guillaume : Mais on n'est pas loin du sexe monnayé, excusez-moi. Du plaisir pour de l'argent par exemple.

MT : Ne t'excuse pas. La différence étant que ce plaisir n'est pas un but, c'est un bonus. Le soumis ne sait jamais ou, quand, et comment il le prendra. Il ne sait même pas si ça arrivera d'ailleurs. Parce que dans la majorité des cas, ça n'arrive jamais.

Guillaume : Sauf si on considère que vous voir est un plaisir, Madame.

MT : (elle sourit) Certes. Me voir est un plaisir, se remettre entre mes mains ne l'est pas vraiment.

Guillaume : Il y a beaucoup de soumis qui vous fuient ? Qui ne veulent plus vous voir ?

MT : Evidemment. Si tu rencontres un jour d'anciens soumis, tu leur demanderas si ça leur ferait plaisir de me revoir. (elle rit) En général ils sont très soulagés de ne plus entendre parler de moi. S'il y a beaucoup de gens qui veulent me voir, il y en a encore plus qui m'évitent. Certains m'ont même dit que revoir mon visage sur internet leur donne des boutons. (elle s'esclaffe)

Guillaume : Le plaisir juste pour le plaisir, c'est quelque chose qui vous semble inacceptable ?

MT : Tu parles du plaisir du soumis ?

Guillaume : Oui Madame.

MT : Non ce n'est pas inacceptable si cela me sert. Pour prendre un exemple, les servitrices que tu as croisées tout à l'heure, elles me servent, parce qu'elles prennent du plaisir à le faire. Je ne dis pas que c'est le cas tous les jours, elles ont aussi de grosses contraintes. Mais je sais une chose. Elles me serviraient beaucoup moins bien si elles n'y prenaient aucun plaisir. Et je ne fais aucun effort pour leur donner ce plaisir. Il leur suffit de me voir ou de me côtoyer. Je ne leur donne pas de susucre, tu comprends ?

Guillaume : OK c'est clair. Excusez-moi, ça avait du mal à rentrer.

MT : (elle sourit) Ne t'inquiète pas, c'est une subtilité qui n'est pas évidente.

Guillaume : Le fait de vous regarder, de vous écouter, de vous lire, ce sont des plaisirs que vous donnez et que vous ne contrôlez pas, eux ?

MT : Tout à fait exact. Et ça ne me dérange pas. (silence) Je te dirais aussi que je suis bien consciente du plaisir que je peux donner involontairement par ma présence. Peut être est-ce une manière de le contrôler. Mais je ne suis pas affirmative.

Guillaume : Alors pourquoi faites vous souffrir tous ces gens ? Si vous pouvez obtenir ce que vous voulez par le plaisir ?

MT : C'est rare lorsque j'utilise le plaisir comme levier, parce que ça ne marche qu'avec certaines personnes, des gens qui sont très habitués à la souffrance dans leur vie par exemple. Et si je fais souffrir tous ces gens, comme tu dis, c'est parce que j'ai besoin de forcer des barrages pour les libérer, d'une part. Et d'autre part, j'ai besoin d'assouvir mes pulsions, car j'aime faire souffrir, je pense que tu l'auras compris. Mais le but, c'est leur libération.

Guillaume : Mais quand ce sont des masos qui ont du plaisir à souffrir, vous les servez en quelque sorte ?

MT : Je ne leur donne jamais le plaisir qu'ils attendent. Les masos ont une particularité, c'est qu'ils s'attendent toujours à souffrir de la même manière. Moi je change de manière, je les déformate pour arriver à les atteindre vraiment.

Guillaume : OK. C'est strange d'entendre le mot "libération" sachant que vous en faites des esclaves.

MT : (elle sourit) Oui. Je les libère d'entraves morales, sociales, physiques, psychiques. En fait il n'y a pas plus libres, plus indépendants que mes esclaves. Parce qu'il leur faut être totalement libres pour me servir. Pour servir ma propre liberté en quelque sorte.

Guillaume : Vous parliez de libération. C'est quoi la différence avec le lavage de cerveau ?

MT : Je ne leur lave pas le cerveau, je leur apprends à dépasser des choses. Ils restent conscient de ce qu'ils dépassent, ils ne l'oublient pas. Je ne les coupe pas de la réalité. Bien au contraire. Et j'aime lorsqu'ils sont cultivés et qu'ils s'intéressent à tous les sujets.

Guillaume : Et c'est quoi la différence avec une secte ?

MT : (elle éclate de rires) Tu fais exprès ? Bon, admettons ta question... Je n'abuse pas de la naïveté de gens. Au contraire ils sont très lucides. Et je sélectionne tellement... Je ne prends que ceux qui sont bien certains de ce qui les attend, des gens qui ont des capacités et qui sont très préparés. Et d'autre part, je ne promets rien. Il n'y a pas d'idéal métaphysique ou de veau d'or à vénérer. Il n'y a pas de prosélythisme. Il y a simplement une femme sadique et des gens qui veulent la servir du mieux possible, en toute conscience. Ça reste une relation de domination et de soumission. C'est un cercle d'humains dont je suis le centre. Un peu comme l'entourage d'une rock star ou d'un homme politique, par exemple.

Guillaume : Avec du sexe et de la drogue ?

MT : (elle rit encore) Le sexe, oui, sans problèmes. La drogue non, c'est de la merde pour faibles d'esprit.

Guillaume : Même pas un petit oinje de temps en temps ?

MT : (elle me fixe) J'espère que tu plaisantes. Je ne supporte pas l'idée. La seule drogue admise chez moi, ce sont les bons vins.
Guillaume : Est-ce que vous outrepassez la loi ?

MT : (elle semble surprise) Non. J'outrepasse la morale. Mais tu sais, lorsqu'une Maîtresse donne le fouet à un type, elle outrepasse la loi. Même s'il s'agit de deux adultes consentants, les coups et blessures restent interdits. Je suis comme toutes les dominatrices, je surfe avec les limites de la loi. Il y a une tolérance de la loi envers notre monde SM. On s'adapte, on cohabite et c'est très bien.

Guillaume : Et ça vous embête qu'il y ait une loi ?

MT : En fait, non. Sans cela n'importe quelle dominatrice pourrait faire n'importe quoi. Mais vraiment n'importe quoi. Toutes les dominas n'ont pas forcément de cervelle. J'ai lu ou entendu parler de trucs hallucinants, un type mort récemment, parce que la domina ne contrôlait rien du tout et pratiquait comme une bécasse. La domina a été arrêtée, il me semble, et c'est bien normal. Et je ne parle même pas de dominateurs qui parfois sont à la limite du viol avec leurs soumises.

Guillaume : Et à titre personnel ?

MT : Tu vois, je ne crois pas. Ça peut sembler incroyable. Mais en fait, je pense que ça reste une relation adulte. Une histoire entre un homme et moi. Il peut se passer beaucoup de choses, certes, avec cet homme. Ça peut être une histoire tendue, dure, difficile, brutale. Mais c'est une histoire qui nous appartient, qui ne regarde personne, et qui ne fait de tort à personne.

Guillaume : C'est une relation privée.

MT : Absolument. Une relation privée entre deux adultes, dont l'un a fait beaucoup d'efforts pour me connaître et me rencontrer et qui sait ce qui peut l'attendre. Tout simplement.

Guillaume : Maîtresse, je viens de discuter avec une femme d'esprit, très agréable et élégante. J'ai du mal à croire que vous êtes capable de vouloir décapiter un homme. Est-ce que je suis en train de glisser sur une pente savonneuse ?

MT : (elle sourit). Oui... Mais il est encore temps de reculer. Accroche-toi.

Guillaume : OK. J'ai une dernière question, si vous voulez bien.

MT : Oui.

Guillaume : Comment aimeriez-vous mourir ?

MT : (elle se contient de rire) Elle n'est pas très marrante ta question. J'imagine que tu poses la même à tous ceux que tu interviewes ?

Guillaume : Oui Madame. C'est toujours ma dernière question.

MT : OK. Alors j'aimerais mourir au cours d'une grande partouze, pénétrée de partout, d'un arrêt cardiaque. C'est bon ?

Guillaume : C'est parfait Madame. Merci de m'avoir reçu, ce fut un honneur.

MT : Ce fut très agréable pour moi aussi.


© tous droits réservés - photos : Guillaume Alder.

 

 
© Maîtresse Trinity - tous droits réservés