Whois.
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On m'appelle Maîtresse
Trinity.
J'ai 42 ans. Je suis célibataire.
Je réside en région Provence
Alpes Côte d'Azur, France.
Ma taille réelle est de 1m82 sans
talons.
Je dispose après opération
esthétique d'un 95D/58/92
Mes cheveux sont roux de nature mais je puis
les colorer.
Mes yeux sont bleus.
Je suis gérante de société
immobilière.
Mes tendances sexuelles sont bisexuelles,
zoophiles, urophiles, scatophiles.
Je pratique les arts de combat (kung-fu wing
chun, karaté - ceinture noire -, aïkido - troisième
dan), fitness, demi-fond, musculation, tennis, équitation,
natation.
Mes principaux traits de caractère
sont : égocentrique, violente, manipulatrice.
Mes loisirs se portent vers la littérature,
philosophie, peinture, musique, cinéma, voyages, shopping,
farniente.
Je pratique depuis plus de 22 ans en tant
que dominatrice et Maîtresse BDSM amatrice, semi pro
et professionnelle.
J'ai officié à San Francisco,
L.A, Seattle, NY, Wilmington, Londres, Rome, Paris, Bordeaux.
Mes spécialités sont extrêmes
et se tournent vers l'asservissement et l'exploitation.
Ma personnalité est essentiellement
narcissique et sadique.
Mes matières préférées
sont le cuir et la soie.
Ma pratique sexuelle préférée
est le gang bang.
Je suis totalement vénale. |
Mon sadisme, ma différence.
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Depuis la naissance
de mon blog en 2007, j'ai tenu à exposer des visions,
des constats, des considérations sur ce qu'on appelle
"le monde BDSM". Au fil des articles et des récits,
je ne me suis pas contentée de dénoncer certaines
contradictions, j'ai aussi laissé transparaître
ce qui est mon système, et je l'ai confronté
à un autre système que tous les "pratiquants"
connaissent, à savoir le système consensuel.
Certaines personnes ont compris que ma
personnalité, ma façon de vivre et de ressentir
les choses était différente des personnages
de Maîtresses que nous connaissons tous. Il y a véritablement
une différence de fond, et même une rupture
que j'ai jugée utile d'expliquer.
Pour la dernière fois, je vais aller
au coeur du sujet, le plus loin possible en tous cas, pour
tenter de démasquer définitivement ce monde
SM et pour détailler ma démarche et pourquoi
j'ai voulu créer un cercle qui me correspond.
Les rêveurs, les naïfs, les
inconscients devraient peut être passer leur route
: je ne vais pas prendre de gants. Mais il est certain que
la plupart des "pratiquants" seront bien conscients
des constats que je vais dresser ici, du moins s'ils sont
honnêtes intellectuellement. D'autres, en revanche,
s'en moqueront, ils ont besoin de lécher du cuir
au kilomètre, la "blabla" ne les intéresse
pas, ce n'est donc pas à ces consommateurs que je
m'adresse.
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1 - Définition
Je vais tout d'abord me baser sur une définition
que chacun pourra vérifier sur internet, puisque cette
dernière est visible sur le site wikipedia, encyclopédie
libre à disposition de tous. Je me connecte, et je cherche
le mot "dominatrice". Voici le résultat :
"Une dominatrice ou maîtresse
est une femme qui accepte le rôle dominant dans le cadre
de la pratique dominant/dominé."
"Pour Gilles Deleuze, le masochiste
est essentiellement éducateur. Ce qui fait de la dominatrice,
toujours selon Gilles Deleuze, « une masochisante »,
dominatrice en apparence uniquement."
"La dominatrice joue, dans le cadre
d'une pratique dominante, un rôle très différent
de celui qu'elle incarne en tant que femme à la ville ou
au foyer. Elle apprend, dans la situation du contrat, à
tirer parti de la puissance érotique que constitue ce rapport
particulier à l'autre."
L'équivalent homme (mâle) est
un « dominant » ou « maître ».
Deleuze sépare le sadisme du masochisme. Il parle de «
contrat » dans le masochisme et dit que « Sado-masochisme
est un de ces noms mal fabriqués, monstre sémiologique
».
La dominatrice a pour partenaire un masochiste. Un masochiste
est, pour René Girard, « un maître blasé
».
Emmanuel Dazin dit que chez Masoch, la dominatrice
affublée selon les désirs de l’esclave, les
caractères qu’il lui attribue, est très vite
stéréotypée. Et il ajoute : « Elle
peut aller jusqu’à ressembler à une poupée,
entre les mains de sa "victime" manipulatrice. »
Daniel Leuwers a préfacé une Vénus à
la Fourrure en livre de poche : « Le masochiste cherche
à conditionner l'attitude de la femme en vue de la faire
participer à un jeu dont il entend assumer seul la direction.
Il s'agit de donner à la femme l'illusion du pouvoir alors
qu'elle est sous le joug insidieux de l'homme qui la force à
le battre. »
Je me doute de l'identité de l'auteur de ce texte. C'est
tout simplement un texte remarquable, qui explique très
clairement ce qu'il en est de la Maîtresse traditionnelle
et consensuelle, et avec une très grande honnêteté
intellectuelle. Comme quoi je ne suis pas chienne...
Je vais d'ailleurs ajouter plusieurs autres considérations
:
Tout d'abord le concept de la Maîtresse
SM a été inventé par l'homme. Ce sont les
hommes qui ont construit et formaté ce qu'on appelle le
"monde BDSM" pour en faire un outil qui les servent
directement.
En créant ce monde, ils ont aussi créé
le personnage de la Maîtresse, à qui ils délivrent
un pouvoir lorsque l'envie leur prend de s'abandonner, cela, bien
évidemment, afin de satisfaire une pulsion masochiste et/ou
fétichiste.
Ce personnage de la Maîtresse, irréel,
fantasmagorique, femme inaccessible, intouchable, fascinante,
est tout sauf une femme. C'est un mythe, et dans le meilleur des
cas, une caricature.
Cette femme ne s'abaisse pas à la sexualité,
elle n'est jamais prise, elle est effleurée. Cette femme
ne peut être séduite puisqu'elle est rendue inaccessible.
Cette femme n'est jamais nue, elle est transcendée à
travers le vêtement fétichisé. Cette femme
n'est pas humaine, elle est divinisée et idéalisée.
Cette femme est la négation pure et simple
de la nature féminine véritable, nature tellement
décevante pour certains rêveurs qu'ils ont cru bon
d'en inventer une autre. J'ai en parlé dans mon article
sur le romantisme, à travers l'exemple de Madame Sabatier
et de Charles Baudelaire.
Ce personnage de la Maîtresse a donc été
créé pour satisfaire un besoin masculin d'absolu.
Il faut que cela rentre bien dans les esprits.
Il n'est donc pas étonnant que depuis
les "origines" de ce qu'on appelle le SM, les pratiquants
aient toujours pensé à la place des Maîtresses.
Ce sont les "soumis" qui ont inventé les dogmes,
qui ont imaginé les pratiques, qui ont instauré
les rituels, et qui ont même inventé les accessoires.
Le sadisme étant, par manque d'imagination,
sempiternellement associé à la violation d'un cadre
légal, et plus particulièrement d'un "contrat"
entre deux "partenaires", alors le sadisme est renié,
et la masochisme est roi. Dans le monde BDSM que nous connaissons,
le sadisme n'existe pas, et tout tourne autour de la satisfaction
d'un besoin masochiste.
En partant de ce constat, la "Maîtresse
SM", qui est censée représenter la sadique,
ne peut être qu'une comédienne et ce que j'appelle
toujours une prestataire de services. Elle rend, littéralement,
service à son "soumis", même si le mot
client sera sans doute mieux adapté.
La Maîtresse est donc tout sauf une dominante.
Elle ne contrôle rien ni personne. Elle est un jouet, un
outil aux vertus thérapeutiques sans doute, qui n'obtient
que des restes : s'oublier dans le personnage d'une femme qu'elle
n'est pas et qui ne peut pas être, se donner l'illusion
d'un pouvoir sur des êtres qui la manipulent, passer sa
mauvaise humeur sur un punching ball amorphe, ou obtenir quelques
billets de banque.
Les "dominantes" sont globalement dépassées
par les envies de leurs soumis, elles s'échinent à
les satisfaire en suivant le mouvement. La Maîtresse est
donc continuellement l'élève de son soumis, ainsi
que le remarque le philosophe suicidaire Deleuze. C'est lui qui
mène la barque, et c'est lui qui l'habille, dans tous les
sens du terme.
Si la Maîtresse SM est tout sauf une femme
naturelle, il est donc intéressant de noter qu'une femme
jouant ce rôle tente, consciemment ou non, d'oublier sa
propre nature féminine le temps de la comédie. On
le constate d'ailleurs sur la question de la nudité ou
de la sexualité : ces choses là sont proscrites,
bannies, condammées. Enlever sa nudité et sa sexualité
à une femme, c'est lui enlever une partie importante de
son humanité. Et c'est précisément ce que
les hommes ont recherché en créant ce personnage
: déshumaniser la femme.
La "Maîtresse" qui incarne ce
rôle est exactement dans la même démarche que
le "soumis" : le refus de la femme qu'elle est réellement.
Il y a également des femmes qui pensent
se réaliser à travers ce personnage. En ce qui les
concerne, le soupçon est de mise. Les motivations qui peuvent
pousser une femme à jouer un rôle anti-naturel sont
nombreuses : masochisme refoulé, divertissement, échappatoire
à la réalité, vengeance sur les hommes, argent,
besoin maternel, etc.
J'ajouterai que ce système est éminement
moral. Car évidemment, assouvir le besoin d'un homme en
restant dans un cadre légal, dans un contrat, est tout
ce qu'il y a de plus moral. Les saintes nitouches qui critiquent
les Maîtresses SM sont aussi consensuelles que les Maîtresses
elles mêmes. En réalité, elles sont les deux
faces de la même médaille : recto coincé,
verso encanaillement.
Evidemment, jamais les "soumis", si
on peut les appeler comme cela, n'iraient mettre leur jouet en
face de ses contradictions. Ils ne peuvent renverser l'idole qu'ils
ont construite et qui est censée "endosser" leurs
"propres fautes". En effet, la Maîtresse, en plus
d'être une poupée gonflable distancieuse, symbolise
pour certains la noire conscience du "soumis". Alors
elle devient une sorte d’expiatoire malsain avec la punition
libératrice pour unique scénario.
Voici donc la Maîtresse SM : utilisée,
manipulée, et le sachant, se rendant fière d’un
pouvoir qu’elle ne possède pas, psychiatre, médecin,
mère ou grande sœur punitive, et rachetant le péché
des hommes en trépassant sur sa croix de Saint André
(Eli, Eli, lama sabactani ?).
Cela s’appelle une "masochisante"
lorsqu’on veut faire pédant.
On constate donc que lorsque je parle de "prestataires de
services", ou bien de "fausses dominantes", ou
encore de "clients", je ne pars pas simplement d'un
constat issu de mon cerveau malade : même les garantes du
Dogme l'avouent volontiers et l'écrivent... mais surtout
pas sur leur site internet commercial.
Tout ce qu'on peut lire, les slogans commerciaux
de certaines dominas qui s'imaginent réellement maîtriser
quelque chose deviennent ineptes et participent à une comédie
générale parsemée de folklore. Somme toute,
"c'est pour rire".
Tout ceci n'est donc qu'un jeu pour individus
parfaitement conscients, non pas de la dangerosité du SM
(puisqu'il n'y en a plus, faute de sadisme), mais conscients de
l'imposture de base. Ce qu'il faut comprendre, c'est que le monde
BDSM actuel, le traditionnel, le consensuel, celui que tout le
monde connaît, c'est un monde créé par les
hommes et pour les hommes.
Bien entendu, nul besoin de lire Deleuze pour
se rendre compte de cet état de fait. La pratique en fait
prendre conscience assez tôt, à moins d'être
une sinistre bécasse. Le comportement des "soumis"
en dit plus long que wikipedia.
2 - Sade et Masoch
Ici, il s'agit de parler un minimum de Sade et
de Masoch. Je ne vais pas tomber dans la conférence universitaire,
je n'aurais pas cette prétention contrairement à
certaines, je vais simplement donner quelques impressions.
Je ne suis pas seulement sadique, je suis sadienne.
La lecture de Sade, adolescente, m'a révélée
à moi même. J'y ai vu toute mon humanité,
mais aussi celle des autres. J'ai trouvé à travers
ces pages un champ de possibilités extraordinaire, où
la morale, les conventions, cette mécanique ridicule et
figée de la Société étaient purement
et simplement balayées. Tout était devenu possible,
car Sade nous explique que toutes les possibilités sont
en nous, et que nos limites ne sont définies que par des
contextes et des circonstances. Fondamentalement, nous sommes
capables de tout. Il s'agissait donc pour moi de partir à
la conquête de moi même mais aussi de l'homme, à
travers la violence, la sexualité et la transgression.
La seule liberté possible réside
dans Sade, pas dans Masoch. Sade représente l'explosion
de tous les systèmes, Masoch c'est au contraire la création
d'un nouveau système, système qui échoue
d'ailleurs. Il y a mille fois plus de liberté, d'imagination,
et d'humanité dans une seule ligne de Sade que dans deux
cent pages de Masoch. C'est au fond le combat entre la lumière
dix-huitiémiste et le romantisme verdatre et purulent du
dix-neuvième.
Il y a toujours des petits malins pour dire que
Sade n'a jamais pensé mettre à exécution
ses noirs écrits. Ou bien que ces choses là ne sont
pas faites pour être reproduites. Ou encore que l'horreur
qu'il décrit représente la méchanceté
du monde, ce qui ferait de Sade un écrivain moral, ce qu'il
n'était évidemment pas.
Le génie de Sade, c'est d'avoir compris
que l'humain est le terrain de tous les possibles. Les personnages
infâmes décrits par Sade, c'est Sade. Les victimes
martyrisées par ces infâmes, c'est Sade aussi. Sade
ne décrit pas la méchanceté des hommes, il
décrit notre humanité. Nous sommes tous sans exceptions
des bourreaux et des victimes. Nous avons besoin d'être
des bourreaux ou des victimes. Ou bien nous sommes forcés
ou destinés à le devenir. Et selon certaines situations,
nous aurons un ascendant sadique. D'autres auront un ascendant
masochiste. C'est le fonctionnement même de la nature humaine.
Et nous devons l'accepter. Nous battre contre nos penchants, c'est
refuser ce que nous sommes. Pas de morale chez Sade, pas de combat
du bien contre le mal puisque le mal peut être un bien.
Alors que Sade nous aide à accepter notre
humanité en triturant le sang et la merde de nos corps
et de nos âmes, Masoch cherche à la renier en créant
un personnage artificiel, une maîtresse amenée par
son soumis à devenir sadique, totalement idéalisée
et modelée en fonction d'un fantasme personnel, une femme
poupée dans laquelle il projette tous ses rêves et
tous ses désirs victimaires et fétichistes.
Masoch, c'est ce boulet qui s'accroche aux pieds
d'une femme libre, cet infect petit égoïste qui va
manipuler un personnage pour le travestir en donneuse de fouet
surnaturelle. Masoch, c'est le sadique envers lui même,
continuellement dans le besoin et la demande, c'est le roquet
qui jappe en s'accrochant à mes talons, et qui tente de
me convaincre en pleurnichant que je ne serais pas ce que je suis
s'il n'était pas ce qu'il est. La larme à l'oeil,
il essaye désespérément de se rendre indispensable.
Figé dans cette société
moribonde du dix neuvième, il lui sera difficile de trouver
une vraie sadique, les comtesses Bathory ne courent pas les rues.
C'est ainsi qu'il va tenter d'en créer une. Et ce sera
un échec, dont il en tirera déception et amertume
: le sadisme ne s'offre pas sur un plateau. La femme est décidément
bien triste et bien ordinaire... Je reviens à ce que je
disais tout à l'heure : Masoch est en réalité
un romantique. Le romantisme est un concept comme un autre, c'est
à dire qu'il va automatiquement à l'encontre de
la nature.
Certains disent que la lecture de Masoch est
complémentaire de celle de Sade. Ces gens me font penser
à ceux qui veulent absolument inclure une morale à
la fin d'une histoire. Pour ma part c'est l'histoire qui m'intéresse,
pas la morale. Et réduire Sade à une philosophie,
en occultant toute la dimension physique de ses écrits,
c'est aussi imbécile que de renier sa propre dimension
physique.
3 - La suprématie féminine
Ici, j'aborde de manière très courte
la question de la suprématie féminine. Masoch, en
bon romantique qu'il est, va placer la femme sur un piédestal,
et c'est là toute l'erreur.
Admettre la suprématie féminine,
c'est remettre la nature féminine à sa vraie place,
c'est à dire au centre des choses. La hisser sur un nuage
c'est une autre manière de la refuser.
Il ne s'agit donc pas d'idéaliser la femme.
La femme et extraordinaire par essence. C'est sa nature même
qui la rend supérieure et nécessaire. Nul besoin
de la diviniser, de la travestir, et encore moins de la transcender.
Il suffit de la reconnaitre pour ce qu'elle est et d'agir en conséquence.
Pourquoi avoir inventé un tel personnage
que la Maîtresse SM ? Si la femme naturelle est décevante
pour certains hommes, et s'ils ont eu ce besoin de créer
une femme surnaturelle, cela prouve tout simplement que les mâles
ont besoin de concepts pour rêver, et qu'ils passent continuellement,
systématiquement, et instinctivement, à côté
de la nature, de la vie, de la spontanéité, et de
la pure jouissance qu'elle offre.
Les hommes ne savent vraiment pas jouir du vivant.
Je parle de ceux qui ont un minimum de cervelle. Epris d'absolu,
ils ont besoin de fantasmes et d'idéaux. Le romantisme
en est un, et le SM consensuel, lequel découle du romantisme,
en est un autre.
La femme est pourtant naturellement sadique.
Nous avons toutes en nous le petit sourire pervers de Jean Seberg
dans le final d'A Bout de Souffle, laquelle vient de livrer son
compagnon à la police et à la mort, et lorsque nous
ne sommes pas sadiques spontanément, nous le devenons dans
le calcul : tout se manipule, tout se soutire, tout s'obtient.
Nous savons devenir particulièrement hideuses lorsqu'il
le faut ou lorsque cela nous amuse. Inutile de le démontrer,
chacun aura pu le constater au moins une fois dans sa vie.
Pas de femme dans le SM : la Maîtresse
n'est en fait qu'un homme, puisque son existence, sa pensée,
son corps, ce qui l'habille, le fouet qu'elle tient dans la main
sont des inventions de l'homme. La Maîtresse SM, c'est la
projection de l'homme qui s'autoflagelle à travers sa création.
Triste constat. Je me revois plus jeune, en face
de cet état de fait. J'ai été moi aussi une
prestataire de services. J'ai pensé que satisfaire mes
pulsions sur des types qui n'attendaient que ça, pouvait
suffire à satisfaire mon sadisme. Et j'ai déchanté
rapidement.
Pour la femme que je suis, on peut même
parler d'un problème insurmontable. Je suis naturellement
dominante, pas besoin de pousser, ma nature est foncièrement
sadique, c'est incontestable, et j'ai toujours été
faite pour être servie. Comment faire ? En réalité,
le personnage de la Maîtresse SM tel qu'il a été
conçu ne pouvait en aucune manière me correspondre
et me convenir.
Ainsi, j'ai compris qu'il me fallait créer
mon propre système, mon propre fonctionnement, tout ceci
pour échapper à cette imposture générale
et jouir de mes pulsions, de ma féminité, et de
ma liberté, sans être au service des hommes. C'est
pour cela que je vois le SM comme un outil destiné à
me servir, et non comme une fin en soi.
4 - Le naturel
Le fait de rester moi même est la clé
majeure de mon système.
Ma féminité n'est pas un fléau,
elle est une chance et un trésor. Personne ne pourra me
l'enlever, elle est ma plus grande richesse. Quelle drôle
d'idée que de subir sa féminité. Je n'ai
jamais eu l'impression qu'il me manquait quelque chose entre les
jambes. Qu'il est confortable de recevoir plutôt que de
faire tous les efforts pour donner.
Je n'ai pas besoin de m'oublier dans un personnage.
Je suis heureuse d'être femme. Je joue et je jouis de ma
féminité à chaque seconde. J'accepte ses
aléas et ses petites misères. Je suis pragmatique,
terrestre, et abominable selon Baudelaire. J'ai toujours pensé
qu'une femme était supérieure aux concepts, aux
idées, ou aux religions. Sur cette planète, la femme
est le centre de tout, car tout tourne autour d'elle et tout revient
à elle. Elle est la matrice incontestable.
Lorsqu'on est à ce point naturelle, comme
je le suis, certaines questions se posent : si je suis le concept
du SM, je devrais logiquement remettre dans les mains des hommes
le pouvoir de me rendre dominante. Pourquoi me donner un statut
de dominante puisque je le suis déjà ? Ma distance,
mon ascendant sont innés.
Pourquoi ne devrais-je avoir affaire qu'à
des paillassons ? Je suis une dominatrice, puisque je sais faire
plier ceux que je veux voir à genoux, d'une manière
ou d'une autre.
Pourquoi devrais-je accepter l'idée de
ne pas faire souffrir vraiment ? J'aime atteindre véritablement
un être, j'aime l'humilier, l'écraser, le compromettre,
l'anéantir socialement, le pousser au bout de lui même
et même au dela, l'entrainer dans une impasse, lui arracher
ce qu'il ne veut pas me donner, l'utiliser, exploiter ce qui m'intéresse,
lui faire mal sans raison.
Pourquoi être habillée, ou plutôt
déguisée, lorsque j'ai envie d'être nue ?
Pourquoi m'interdire la sexualité si j'ai envie d'y croquer
? Etc, etc.
Bref, si une femme dominante est supposée
être libre, doit-elle obéir à des dogmes et
à des codes créés par les hommes qui ont
forgé cet univers SM ?
Je ne réponds donc à aucun code,
ce qui serait une manière indirecte de répondre
à une attente masculine. Je ne fais que répondre
à ma féminité et à mes envies.
Ainsi, nul besoin d'endosser un costume de dominatrice
: plus je suis moi même, et plus je suis Maîtresse.
Loin de moi l’idée "d’endosser
les fautes" de mes serviteurs. Voilà une interprétation
totalement influencée par une morale judéo-chrétienne
débilisante.
J’explique qu’il n’y a pas
de "faute". Que chaque humain possède sa face
cachée et qu'il faut tenter de vivre avec elle si l'on
veut vivre un jour dans un certain équilibre. Au fond,
moi même, je n’ai pas fait autre chose. Je place donc
chaque être en face de son humanité, je lui fais
comprendre que cette partie sombre, il la possède en lui
et il la possèdera toujours, que je sois là ou non.
Il faut non seulement l’admettre mais il
faut aussi l’explorer. Il faut la regarder en face, surtout,
pour qu'elle ne devienne pas une déviance à exorciser
au cours de sempiternelles petites séances du week-end.
Cette face cachée n’est donc pas un poids pour mes
soumis. Pas de tourments épouvantables ni de dépressions
nerveuses. Ils apprennent l’harmonie du corps et de l’esprit.
Ils acceptent ce qu'ils sont. Simplement cette partie sombre n’a
de sens que parce que j’existe. Cette partie sombre devient
utile. Elle m'est utile, plus précisément.
Ce SM compassionnel me fait sourire. Que je puisse
déclencher un signal chez le soumis est une chose. Que
je devienne une sorte de Maîtresse Christique qui le soulagerait
du poids de son "péché" en est une autre.
Mes serviteurs sont seuls responsables de leurs actes, de leurs
pensées, et de leurs comportements. Et au fond, ils apprennent
à déculpabiliser, parce qu’ils me voient bien
pire qu’eux. Ils s'acceptent.
5 - Le sadisme
Il est difficile d'aborder la question du sadisme.
Le sadisme n'est pas beau, il est même totalement repoussant.
Le sadisme fait appel à des choses mauvaises, immorales
qui sont enfouies au fond de nous. Il est plus moral et plus rassurant
de faire appel au masochisme, car le sadisme choque et il choquera
toujours. Bestial, sauvage ou cynique, le sadisme est contraire
à l'idée de dignité humaine.
Le sadisme n'est pas la perversion, mais c'est
une forme de perversion parmi d'autres. Le sadisme est injuste,
ignoble, inacceptable. Et pourtant nous avons tous cela en nous,
à des degrés divers. Pour ma part, il est beaucoup
plus développé que chez d'autres, c'est le moins
que l'on puisse dire, et c'est ainsi.
J'ai donc choisi de répondre à
mon humanité et de le laisser s'exprimer pleinement. J'aurais
pu le cacher, le contenir, l'enterrer définitivement. En
l'explorant, en le laissant s'épanouir, j'ai donc franchi
l'obstacle de la morale et de toutes les morales.
Franchir une morale est grisant au tout début.
Ensuite on n'y fait même plus attention. J'ai toujours gardé
à l'esprit cette phrase de Ferré qui dit que "le
problème avec la morale c'est que c'est toujours la morale
des autres". Aujourd'hui, dans mon esprit, tout cela coule
de source. La question ne se pose même plus.
Lorsqu'on pense sadisme, on s'imagine instantanément
des scènes atroces au cours desquelles des tueurs en série
déchiquettent des corps et violent des enfants. Quelle
fumisterie. Le sadisme est comme une pédale d'accélérateur
: on peut appuyer doucement pour avancer prudamment, on peut lever
le pied, on peut aussi accélérer à fond et
aller au bout de l'horreur. Le tout est de savoir conduire.
Il est donc raisonnable de dire que certaines
pages de Sade ne sont pas possibles à reproduire dans la
vie. Pour ma part, la question de la morale étant évacuée,
elles ne sont pas possibles pour une raison précise : le
cadre légal. Sur la question du consentement, je vais y
venir.
Si certaines sont impossibles, d'autres sont
faisables. Cela peut passer par de petites choses ou par de grandes
séances interminables. L'imagination au service de l'action
est donc le moteur indispensable.
Il y a mille et une manières d'être
sadique, et ça ne passe pas nécessairement par le
viol. Le sadisme a bien des visages, il joue avec toutes les subtilités
du consentement comme du non-consentement. Etre sadique, c'est
aussi être suffisamment perverse pour placer sa victime
dans une impossibilité de réaction ou de vengeance
afin que l'injustice soit totale.
Il est convenu que le sadisme n'est pas véritablement
compatible avec le masochisme : faire souffrir un individu qui
aime cela est relativement frustrant. On s'imagine donc que le
sadisme est impossible à mettre en pratique, car s'il y
a sadisme, il ne peut y avoir masochisme. C'est un système
bien plat, c'est d'ailleurs le système actuel. C'est un
système raisonnable, contractuel, consensuel, moral.
6 - Déviants et serviteurs
J'ai parfois, sur ce blog, parlé de "masos".
L'un de mes contacts msn a relevé la contradiction suivante
: "Maîtresse, vous êtes une vraie sadique, donc
vous ne pouvez pas posséder de masochistes." Sa remarque
est totalement exacte. Je ne possède pas de masochistes.
La servitude est le seul moyen pour rompre cette
manipulation de la Maîtresse par le soumis. Il s'agit d'éradiquer
la notion de masochisme pour la transformer en exploitation physique,
psychique et parfois financière.
Cela signifie quatre choses :
> Le but étant ma propre satisfaction,
la souffrance que j'inflige au masochiste est une souffrance qu'il
ne peut pas contrôler.
> Le "masochiste" est placé
dans un devoir d'effort continuel afin d'obtenir ma satisfaction.
De ma satisfaction dépend son plaisir. Son plaisir est
donc une conséquence du mien, et non une fin en soi.
> Ne pouvant contrôler la douleur que
je lui inflige, le "masochiste" n'est donc plus masochiste
dans le sens où il ne prend aucun plaisir dans la souffrance
proprement dite.
> De "déviant", il passe
donc au statut de serviteur. Son objectif n'est plus l'assouvissement
d'une vulgaire pulsion, mais la satisfaction de mon sadisme.
La question du consentement n'est pas annihilée.
Elle est simplement déplacée. Si le serviteur accepte
de se remettre entre mes mains, sans aucune limite, il s'agit
pour lui d'un abandon total qui est consenti. Mais son consentement
se situe dans la servitude, et non dans un pacte masochisant.
Il acceptera la possibilité que je franchisse ses limites,
que je viole ses tabous, car il a dès le départ
agréé l'idée d'être exploité
comme il me plait. Et s'il accepte la servitude, il n'accepte
pas le viol physique en tant que tel, mais il en conçoit
l'hypothèse, il la redoute et s'abandonne totalement à
mon jugement.
C'est cela qui est beau : s'abandonner à
tous les possibles et s'en remettre à mon pouvoir (cf la
chronologie du doute).
Ce qui devient un devoir envers moi n'est donc
plus un besoin pour lui, et cela me permet de franchir des limites
extrêmement poussées sans même que j'emploie
la menace. Je peux m'en donner à coeur-joie, car même
en ayant accepté l'idée d'être exploité,
le serviteur souffre, endure, crie, pleure, saigne, fait des choses
qu'il n'a jamais faites, subit des choses innommables, ce qui
ne peut que me ravir. Il devient littéralement mon jouet.
J'ai bien conscience que cette définition
est dangereuse : il s'agit pour moi de garder la tête froide,
de ne pas faire les choses n'importe comment, et surtout de ne
pas casser mon jouet trop vite. A moi de sonder l'inconscient
de l'individu afin d'en extirper ce qui m'intéresse.
Le serviteur garde toujours au dessus de sa tête
une épée de Damoclès ("jeu" de
chantage par exemple) afin de n'avoir aucune porte de sortie.
Avec le temps, il apprend à s'abandonner de plus en plus,
et de mieux en mieux, car on ne peut véritablement s'abandonner
que lorsqu'il n'y a aucun échappatoire possible.
Ainsi je ne donne jamais à un soumis ce
qu'il vient chercher. Je renverse sytématiquement la situation
afin de le mettre dans une obligation de résultats : voir
chamboulés tous ses repères masochistes antérieurs,
subir des souffrances inédites ou largement exagérées,
se surpasser, surmonter ses dégoûts, admettre la
possibilité d'un viol continuel, ce qui n'en fait plus
véritablement un viol, mais qui reste difficile à
supporter. La pression qui pèse sur ses épaules
étant perpétuelle, la servitude en soi est donc
loin d'être un plaisir.
Ce que j'appelle les "limites définitives"
de l'individu apparaissent un jour ou l'autre. J'en tiens compte
comme je puis les oublier volontairement. Souvent elles sont bien
plus poussées que ce qu'il pouvait s'imaginer au départ.
Mon sadisme est donc satisfait d'avoir forcé et emmené
le serviteur à s'embourber dans des pratiques totalement
ignobles.
7 - Statut du serviteur
Le thème du "serviteur" ne plait
guère, hormis lorsqu'il s'agit de petites saynettes au
cours desquelles un pauvre type va tenir un cendrier pendant une
heure. Combien de fois m'a t’on dit : "vous prenez
les soumis pour des imbéciles". Et je réponds
: un serviteur n'est pas un imbécile, c'est un être
conscient qui s'abandonne à une femme qui le dépasse
réellement. La définition est fort simple, le résultat
est plus que difficile à atteindre. Voilà pourquoi
je sélectionne à ce point. Voilà pourquoi
je prends le temps de connaître en profondeur la personne
que j'asservirai.
Le monde SM n'est pas composé que de clients
masos et de clients fétichistes. Le serviteur fait aussi
partie du système. Certains le sont naturellement, et d'autres
le deviennent. Pour ceux qui ne le sont pas encore, ils le deviendront
avec moi. C'est incontournable, car c'est la seule voie possible
pour vivre quelque chose de vrai.
C'est ici que ma nature revient à la surface
(mais au fond elle y est toujours). Parce que je provoque une
fascination, parce que je possède un ascendant naturel,
parce que je conquiers sans efforts, et que je sais jouer avec
ce que je provoque, alors je génère des individus
voués à servir ma suprématie.
Beaucoup d'hommes font ou ont déjà
fait des choses hors du commun voire complètement folles
pour une femme. Ils se sont salis, détruits, ou bien ils
ont franchi des limites qu'ils ne pensaient jamais franchir, dans
le sens positif parfois ils se sont surpassés, car ils
étaient dans une dépendance, dans un amour, une
fascination ou une adoration. Pour certains, le simple fait d'être
assis à côté d'une femme qu'ils admirent est
une fin en soi. Et d'autres iront beaucoup plus loin si je le
leur demande. C'est ici que la servitude devient possible.
Ma domination n'est donc jamais dans une perspective
de conquête, mais dans une puissance assise.
Le piège de l'étouffement et du
modelage décrit par Masoch s'évite avec une grande
simplicité. Le serviteur est utile, c'est là sa
seule vocation. Il n'a rien à dire, rien à demander,
rien à obtenir. Si ses performances déclinent, s'il
ne veut plus, ou s'il n'en peut plus, il prend la porte de sortie,
je n'aurai plus besoin de ses services. Le serviteur est un outil,
et lorsque un outil est usé ou cassé, il se remplace.
Ceci explique l'étendue de mon cheptel : j'ai besoin continuellement
de rechanges. Les liens que je tisse, je puis les trancher d'une
seconde à l'autre.
Comme je l'ai expliqué, le plaisir de
me servir est loin d'être une évidence, mais il peut
parfois devenir une conséquence. Si j'estime que le plaisir
permet au serviteur de mieux accomplir sa tâche, alors j'appuierai
sur le bouton "plaisir". Mais jamais un serviteur ne
doit quémander son plaisir pour mieux avancer, car sinon
nous retomberions dans les rapports que nous connaissons déjà
dans le traditionnel : domina/masochiste. Rien n'est dû
à un serviteur. Simplement je joue avec le plaisir de la
même manière que je joue avec la douleur ou la frustration.
Je fais donc attention à ce que cette
attitude de renversement des situations ne devienne pas un système,
car sinon je serais moi même prisonnière de ce comportement
en m'interdisant de faire les choses comme il me plait. Si j'ai
envie de revêtir un catsuit en latex, par exemple, et que
le soumis que je reçois à ce moment là adore
cette matière, il s'agira alors d'une heureuse coïncidence
pour lui, et cela ne me dérangera absolument pas qu'il
prenne du plaisir à me voir ainsi habillée.
8 - Le mouvement
Si l'on me comprend bien, je suis exactement
à l'opposé du concept de Maîtresse SM créé
par les hommes et j'ai réussi à contourner le problème
de base et à le réadapter pour servir mon propre
intérêt. En clair, je suis véritablement sadique,
absolument pas masochisante, et le masochiste devient serviteur
de mon sadisme, il n'est donc plus masochiste.
En revanche je puis avoir des fantasmes et des
pulsions masochistes. Pratiquant des sexualités extrêmes
depuis longtemps maintenant, j'apprécie que certaines parties
fines soient brutales et intenses. Mon appétit sexuel me
pousse parfois à demander à certains de mes serviteurs
de me violenter. Cela peut passer par une sexualité de
groupe, par exemple, ou par diverses autres petites pratiques.
Je fais partie de ces femmes qui voient la sexualité
comme un affrontement et un challenge, et bien entendu j'aime
avoir le dernier mot. La conquête de l'homme par le sexe,
dans une situation où je suis théoriquement soumise,
est un de mes petits plaisirs. Et il serait stupide que je me
prive de ce plaisir là par principe : là encore
je réponds à mes envies et à ma nature.
Ceci dit, je n'irai pas jusqu'à dire que
je suis switch. Si j'aime de temps à autres me faire brutaliser,
je ne perds jamais le contrôle de la situation, car je suis
foncièrement dominante et totalement et définitivement
insoumise à tout système et à toute personne.
Au fond je ne fais pas autre chose que le client maso qui va voir
sa prestataire, la différence étant que mes soumis
exécutent un ordre, et qu'en aucun cas un être ne
peut prendre un ascendant sur moi.
Ma nymphomanie et mon masochisme de petite bourgeoise
délurée qui se roule dans le stupre me ravissent,
mais ils me sont aussi utiles...
Je puis par exemple exiger d'un soumis masochiste
de renverser les rôles et de me faire subir ce que j'avais
prévu de lui faire subir. Les masochistes étant
des soumis complètement formatés en général,
l'ordre que je leur donne leur parait insurmontable. Là
encore, le soumis est mis en face de son devoir, et il l'exécute
le plus souvent à contrecoeur, contrairement à ce
qu'on pense. Je me souviens pour anecdote de soumis qui se sont
mis à pleurer ou à vomir après m'avoir fessée
copieusement. Si mon masochisme a été satisfait,
mon sadisme l'a été encore plus. C'est ce qui s'appelle
de l'art.
Casser les codes comportementaux, vestimentaires
ou les codes d'une séance, fait donc partie de ma domination.
L'imprévisibilité ajoute encore à l'aspect
dangereux de la chose. Mon système est un mouvement perpétuel
dans lequel le serviteur va constater que ma place de dominante
est innée, et que la sienne est chèrement acquise
mais jamais définitive.
9 - Maîtresse SM ?
On peut sans doute constater que nous sommes
loin du concept : "client / jouet" défini au
tout début. Et pourtant ce système tient la route,
j'en fais l'expérience chaque jour.
Aussi, il n'est pas acceptable qu'une seule et
même façon de vivre le "SM" soit en vigueur
et certifiée conforme. Il n'est pas possible de penser
qu'il ne peut y avoir qu'une seule et même manière
de le pratiquer. Mon blog, justement, est aussi un moyen de voir
les choses autrement, et de replacer le sadisme au centre des
choses en expliquant que c'est possible.
Et si je critique l'idée de la disparition
du sadisme dans le monde SM actuel, on pourra sans doute critiquer
le fait que je tire un trait sur le masochisme pour le transformer
en servitude ou en exploitation. Soit, je l'assume. Après
tout, il s'agit de mon système.
J'ai reproché à certaines de se
faire appeler Maîtresse SM vu qu'elles ne sont absolument
pas sadiques et qu'elles ne maitrisent rien. Mais elles peuvent
me reprocher de ne pas être masochisante. Je vais donc renouveler
mon appel et proposer ceci : si elles décident de s'intituler
"Partenaires Masochisantes", je me ferai appeler "Maîtresse
Sado". J'en fais la promesse.
10 - Conclusions
Ce que j'écris ici n'est pas nouveau.
Tous mes articles ont eu pour ambition de présenter cette
vision des choses. Je crois avoir eu, depuis le départ,
l'honnêteté de discuter de certains sujets que peu
de dominantes auraient abordé, ou qu'elles évitent
soigneusement : la vénalité ou le comportement de
certains consommateurs, par exemple. Je n'ai pas hésité
à mettre "les pieds dans le plat" pour parler
du clientélisme, de la vraie contrainte, du romantisme,
du fétichisme absurde. J'ai redonné au mot "sadisme"
tout son sens. J'ai pu m'offrir le luxe de mettre les soumis en
face de leurs comportements et de leurs responsabilités.
Expliquer aussi qu'il existe des femmes qui sont réellement
des dominantes, des femmes libres, aux moeurs contestables pour
certains, aux comportements douteux pour d'autres, et que chaque
femme possède en elle un potentiel de suprématie
sur l'homme, même si elles ne sont pas nécessairement
étiquettées "Maîtresses SM". Et
comme je n'ai pas besoin de clients, je poursuivrai de plus belle
dans ces considérations.
Je crois que ce blog restera un point de repère
pour libérer certains esprits de ce formatage qu'on leur
impose. Le "monde BDSM" (on va l'appeler comme ça)
n'est pas une secte à part, car le "SM" fait
partie de la vie. Faire partie du monde "SM", ce n'est
pas rester "entre nous", c'est s'ouvrir à tout,
aux cultures, aux mentalités d'autrui, à la sexualité,
à la philosophie, à la psychanalyse, à l'art,
à soi même, à la nature profonde de l'humain.
Le SM est liberté, tout devient envisageable,
et il n'existe pas qu'une seule façon de faire, bien heureusement.
Il y en a d'autres, parfois mensongères, contradictoires,
ou parfois un peu plus cohérentes. Et je comprendrai toujours
que certains considèrent cela comme un divertissement intellectuel
et sexuel élitiste, et préfèrent s'amuser
entre eux, en se fabriquant un cercle pour initiés, un
"Club des Cinq" version latex, avec ses réunions
secrètes, ses mots de passe, ses expiatoires, ses thérapies,
ses confessionnaux, et ses dogmes.
Pour ma part, je n'ai pas souhaité prendre
de distance avec cet univers. Je vis le SM à 100%, c'est
un fait. J'ai toujours considéré, depuis mon adolescence,
que cet outil devait être employé à fond et
je n'ai donc jamais vu le SM comme un jeu de l'esprit ou comme
un divertissement pour privilégiés. Cette comédie
ne me plait guère et ne m'a jamais plue. Le "second
degré" n'a pas suffi à recueillir mes suffrages.
Je n'ai pas souhaité devenir psychanalyste pour débiles
mentaux. Je suis parfois traitée de "conne" parce
que je vais au bout des choses en refusant l'idée même
de comédie. A mes yeux, l'intelligence, ce n'est pas se
rendre compte que ceci est un jeu, mais prendre conscience que
le BDSM est un champ de possibilités inouï, d'un point
de vue physique et cérébral. Certains et certaines
ont voulu ou n'ont pu que rester dans une distance à travers
le jeu. Moi : non, car je suis foncièrement sadique et
naturellement dominante. C'est ici que naît la frontière
entre nous. Je n'en veux à personne de ne pas être
comme moi, et sans doute est-ce mieux ainsi. Mais je sais également
que je ne suis pas la seule...
Se libérer de carcans sociaux, moraux,
sexuels, explorer sa personnalité, se fouiller, se souiller,
mais aussi se purifier, découvrir tous les pans de sa sexualité,
aller au bout de certains fantasmes, chercher sa face cachée,
la découvrir et l'assumer, servir une femme d'exception,
se perdre pour se trouver, ou se trouver pour se perdre, se détruire
ou se reconstruire, le SM offre tout cela dans un langage accessible
à tous : celui du rapport de forces. Le SM est un chemin
de tous les possibles. C'est un outil extraordinaire. Et si l'on
a un tant soit peu d'exigence, alors la comédie proposée
plus haut par "le Spectacle" ne suffit pas. Il faut
aller plus loin pour aller plus en profondeur.